Mots de glycine

Sept mai

by florencebenedettigall

Deux mondes tellement opposés en ce temps, un désastre mondial dévoré par mille voix apeurées et conflictuelles, et en même temps, un merveilleux printemps, une fête des végétaux et de leurs habitants premiers … les deux sur nous, en nous, à travers nous.

Me sentant si fortement envahie par la force de ce début mai, je divague volontiers:

« Enfin, de même qu’Anacréon eût aimé se retrouver transformé en miroir pour être continuellement regardé par celle qu’il aimait, ou en vêtement pour la couvrir, en onguent pour la frictionner, en eau pour la baigner, en bandelette pour serrer son sein, en perle qu’elle porterait à son cou, en escarpin que, du moins, elle presserait de son pied, de même j’aimerais, pour quelque temps, me transformer en oiseau pour éprouver le contentement et la joie qu’ils ont de vivre. »

Ainsi le grand Leopardi conclut-il son beau texte: Eloge des oiseaux.

Et heureuse tout à l’heure d’avoir retrouvé, pleins d’énergie, les guêpiers de la falaise, en pleine activité vitale, traçant cerces et cercles au-dessus des jardins et des prés. Arrivés tard cette année, je m’inquiétais pour eux, me voilà rassurée.

Si mai

by florencebenedettigall

Si mésange m’était contée

je la suivrais au pays de Chagall

Si maison m’était confiée

j’y ferais vivre les mille mots que j’aime

Si message m’était envoyé

du vent, du soleil, ou de l’eau

je le transmettrais par le chant

à tous les miens et miennes.

5 mai

by florencebenedettigall

respirer le nez en l’air

quitter libre

les confus chaos

et filer vite

en plein ciel

Je rejoins Jacques Moulin:

Où va-t-elle

Arrondie

Et hardie

L’hirondelle

Par le ciel

Vers son nid

L’hirondelle

Arrondie

Ce rondel

Nous redit

Son envie

D’être une aile

D’hirondelle

Jacques Moulin ( A vol d’oiseaux )

A bientôt les amis d’ici bas.

Le quatre

by florencebenedettigall

Après le triangle

lieu de forces aiguës

le carré nous installe

dans l’ici et maintenant.

Au matin

éclairage magique:

les hautes herbes s’argentent précieusement

le large paysage disparait

nous filons dans la lumière

légers

ailleurs.

un deux trois soleil

by florencebenedettigall

Je laisse mes bavardages de glycine envahissante…

J’entends une voix fraîche de gamine:

Un deux trois , SOLEIL!

nous sommes trois gamines

trois sur une ligne de départ

une quatrième, à une distance précise,

derrière elle le mur

Elle se colle contre lui

et jette les mots « un deux trois, SOLEIL ! « 

à Soleil elle se retourne, très vite,

tant qu’elle est contre le mur

nous trois on file on avance

dès qu’elle se retourne, SOLEIL ,

on s’immobilise

le but est d’avancer d’avancer

sans qu’elle nous voie

jusqu’à prendre sa place, bien sûr.

Etre celle qui crie:

Un deux trois SOLEIL .

Je voudrais ce matin Trois Mai crier:

Un deux trois, SOLEIL ! et que le soleil nous revienne et nous comble.

Brutalement, Trois mai, me revient soudain, non un jeu d’enfants, mais une horreur de la guerre, une bouleversante peinture. Dans ma vie le premier tableau qui m’ait « fusillée » profondément: Le TRES DE MAYO de Francisco Goya … (vu au Prado quand j’avais 16 ans ). Le Tres de Mayo 1808, peint en 1814.

Un deux trois t’es mort ! ( il y en eut quatre cents ainsi) et la force bouleversante de la peinture, lumière sur la victime, ouverte, presque christique, et nous, spectateurs de l’histoire, derrière les soldats, sombres exécuteurs des ordres, ordres d’ exécution des rebelles espagnols.

L’histoire n’a pas fini de nous bouleverser. Et la peinture … les mots s’épuisent.

Mais, sous la Glycine les petites filles continuent leur jeu:

UN DEUX TROIS SOLEIL !!!

2 mai

by florencebenedettigall

Dans mon travail intense végétal, me reviennent des mots anciens concernant les »fleurs épanies ». La dame des lieux me les chante, en ce temps difficile pour les pauvres humains blessés.

Présent futur passé se chevauchent en même temps

vieilles gousses éclatées, certaines portant encore une ou deux graines

pour des futurs possibles,

et grappes florales fraîches, les unes juste ouvertes

chantant leur beauté,

les autres vite desséchées et réduites par la pluie,

dans la foisonnante masse de feuillage,

présence, vibrations de l’arbre jusque dans ses racines ,

passé futur présent mêlés, riches de sens.

« Le temps s’en va , le temps s’en va, ma dame,

Le temps non, mais nous nous en allons

Et tôt serons étendus sous la lame« 

La voix de la dame poursuit ce chant de mort, ce chant de vie de Pierre de Ronsard; mes habitants soudain éveillés par un brin de soleil, se permettent un accompagnement fondu qui me réjouit.

Et de ces vies émergent trois groupes de mots, tels des floraisons recréées:

« Die Zeit, wie flüchtig

Die Welt, wie nichtig

Das Leben, wie wichtig. »

1° mai

by florencebenedettigall

Sans mais, ni pourtant, ni malgré, ni toutefois …

1° mai plein d’eau, plein d’eau, j’y respire, me restaure, fais voler les pétales finis… et que les graines se préparent, et que feuilles en folie s’installent, en nuages de vie, de réalisation, de futurs.

Pendant que les êtres voisins, terrorisés, se laissent transformer en victimes impuissantes, et souffrent, et se détruisent, je veux crier, dans ce vent giclant d’eaux vives: » je poursuis, je vis ! « 

Et sans que je les aie sollicités, deux musiciens se sont installés, prés de mon oiseau , et s’en donnent A COEUR JOIE !

30 presque un

by florencebenedettigall

Comme une chaîne, 30 puis un, un plus une, et ainsi les jours et les gens, les soleils et les lunes … Hier soir j’ai entrevu un croissant fin d’une lune montante: nous tournons et, d’une main à l’autre, faisons, sans toujours le comprendre, avancer le ruban tissé de l’écume de nos jours. Et Andrée Chedid est revenue me voir, voix simple, toute jeune dans ces derniers temps, elle m’a chuchoté:

De passage je suis encore là

Sur le sentier

De la vie

Je suis encore

En chemin

Toujours de passage

J’ouvre des brèches

Et des passerelles

Voyage transitoire

Ephémère et fugace

Attendant que le sort

Me choisisse

Sans au revoir.

Andrée Chedid. L’étoffe de l’univers.Octobre 2006.

29 avril s’en vont les gris

by florencebenedettigall

Ce furent deux jours difficiles, mais généreux…enfin la pluie s’est emparée de notre vie.

J’en suis grisée: dans ce cratère naturel, vies et morts emmêlées, ardoise, anthracite et fer broyés en une poudre fine qui fit venir des êtres étranges, inhabituels: des chardonnerets, des tourterelles, des écureuils, des souris, et même des chats quand ce fut la nuit. Mon état de griserie m’a rendue confuse, toute empiégée dans ce nuage de nuances si fascinant .
Je ne suis pas peintre, mais si j’étais peintre, j’aurais pu avec eux m’opposer aux couleurs premières, vives, et toniques, et j’aurais tenté, sur un fond de piano discret, de fixer ces nuances . Nuances, nuées et nues, ciel changeant de nuages prometteurs.

Coup violent de lumière, un grand couperet dégage une partie du ciel, et les mille gris à demi s’éteignent, et le vent prend les commandes, et les fraîches et vives feuilles balaient mes rêveries grisées.

28° jour du mois d’Avril

by florencebenedettigall

Etrange et merveilleuse transformation souhaitée: lees couleurs vives ont disparu, un gris, non dix gris se sont mis dans tous les sens, jusqu’à donner à cette masse vivante l’allure d’un nuage posé par hasard ici. Je ne vois plus guère les formes et les lignes, je m’imbibe de cette atmosphère tout autre , avec le plaisir de retrouver l’amie EAU. Mes fleurs ne sont plus, ni leur fraîcheur, ni leur couleur, et très peu d’oiseaux depuis ce matin se manifestent.

M’arrive une voix simple, celle d’Andrée Chedid , je me régale de ses mots :

PLONGEE

Aux portes de moi-même

Je m’enfuis

Dans les labyrinthes

Je plonge

Et j’évolue sous l’eau

Ivre des profondeurs

Je recherche

Cet univers

Aux éléments impondérables

Que j’atteins par moments.