Mots de glycine

27 avril

by florencebenedettigall

Drôle de temps , on perd ses repères , on ne peut dire vers quoi on avance, on doit être juste présent; vivre du présent, sans objectif autre que respirer, et ainsi être avec les autres…peut-être alors, donner et recevoir des présents, tels quels lâchés, quelques mots c’est tout .

Paul Celan écrivait:  » Des poèmes, ce sont aussi des présents – des présents destinés aux attentifs. Des présents porteurs de destin « 

26 avril

by florencebenedettigall

Après l’habituel vacarme festif de 20heures, reliant ces hommes et femmes tout chamboulés dans leur existence, ciel sombre , menaçant, s’affirmant d’autant plus que vers la Chartreuse s’est installé un grand rideau d’acacias, dont les fleurs livrent une légèreté généreuse, sorte de voile annonçant un grand spectacle. Et peu après s’inscrit, en face de moi, au dessus des collines et sommets de Belledonne , un double arc -en- ciel complet, réel et irréel, charmeur et inquiétant, rassembleur et « d’ailleurs » …Et moi, la Glycine, après ces derniers jours de souffrance aiguë, je respire, et espère que mon feuillage et mes racines pourront reprendre force. Pluie prometteuse, signes de reprise.

J’entends une voix étrange, enfantine

Il y a Il y a

« Il y a une fillette folle

qui répète colibri colibri

puis par la fenêtre s’envole

Il y a dans les nuages

un paon qui fait la roue

il pleut des plumes rouges

Il y a

le feu fidèle

la tendresse des pierres

l’éternité de la rose

Jean Joubert, L’alphabet des ombres.

25 avril pas facile

by florencebenedettigall

Oui, je souffre, je souffre…Heureuse d’ouvrir généreusement mes nombreuses grappes, dans ce mouvement naturel de vie, … mais aujourd’hui découragement, soif, terrible soif, et rien pour tenir dans l’immédiat, et déjà mes grappes généreuses décolorées, bientôt flétries, je crains pour elles, même si je sais bien que de toutes façons la vie suit son cours.

Je rêve d’une bonne pluie tranquille qui agirait dans la douceur printanière.

J’entends la voix bien sûre du vieil ami, si présent, si vivant, René Char :

Berceuse pour chaque jour jusqu’au dernier

Nombreuses fois, nombre de fois,

L’homme s’endort, son corps l’éveille ;

Puis une fois, rien qu’une fois,

L’homme s’endort et perd son corps.

René Char ( neuf merci pour Vieira da Silva )

24 avril

by florencebenedettigall

Trop de pousses

trop d’espèces

trop de feuilles

trop de force

trop de poussées

trop de vitalité

trop de futurs, trop de rêves

Moi , la Glycine, je rêve d’eau,

de brume tranquille, de rosée généreuse, de pluies douces et régulières,

mes fleurs passent à toute allure, si belles, déjà presqu’épuisées, et mes feuilles , même sans eau, s’affirment dans l’envie de se développer, et d’envahir au maximum.

Eux, nos hôtes pris de vertige, trébuchent et chuchotent leur incompréhension de la vie qui les immobilise, tout ébahis. Quelques uns en profitent, construisent, peignent, écrivent, mais le gros du troupeau peine à tenir bon.

Et moi je vais me taire , laisser chanter Emilie Dickinson ( Car l’adieu, c’est la nuit ) :

One note from One Bird

Is better than a Million Word _

A scabbard has _but one sword.

Une note d’un Oiseau

Vaut mieux qu’un Million de mots _

Il n’y a qu’une épée _ par fourreau ...

J’attends les premiers guêpiers de la falaise de Ste Hélène.

23 avril pépites

by florencebenedettigall

Guillevic passe et repasse sous mes grappes, qui peu à peu fatiguent, se dessèchent et laissent les feuilles se développer. . Hier il a laissé ce petit message :

Un vieil homme

Est passé sous un arbre,

Un très vieil arbre.

Le vieil homme a souri,

S’est arrêté quelques secondes,

N’a rien dit.

22.07.88

Je l’ai revu ce matin, les yeux levés vers le toit de la maison, habité depuis peu.

Mais non, mon hirondelle,

Le monde

N’est pas en train de périr

Puisque tu vas pondre.

Anvers, 11.06.93

Et il est reparti , solide avec sa canne, et a pris le chemin du bois.

22 avril: herbes folles

by florencebenedettigall

A chaque herbe en bas correspond une étoile, qui la frappe, et qui lui dit: « Grandis ! »

Talmud

J’ai vu défiler une série d’herbes et j’imagine les étoiles auxquelles elles se relient:

L’agrostide stolonifère

le dactyle

la folle avoine

la félonne des prés

la houlque laineuse

l’ivrée

la mélique

le paturin des bois

la petite brise

la sétaire d’Italie

la sporobole d’Inde

la petite Eragrostide

et tant et tant d’autres , aux noms merveilleux, qui se suivent comme une chanson. Oui, appeler ces plantes « mauvaises herbes à arracher » est une piètre pratique.

 » J’ai vu une herbe folle

quand j’ai su son nom

je l’ai trouvée belle. »

Haiku japonais.

21 avril, vint Vincent

by florencebenedettigall

Oui vint Vincent Van Gogh, hier soir, et on a bavardé paisiblement :

« Si on étudie l’art japonais, alors on voit un homme incontestablement sage, et philosophe et intelligent, qui passe son temps à qiuoi ? à étudier la distance de la Terre à la Lune ? non, à étudier la politique de Bismarck ? non, il étudie un seul brin d’herbe. Mais ce brin d’herbe lui porte à dessiner toutes les plantes, ensuite les saisons, les grands aspects des paysaes, enfin les animaux, puis la figure humaine. Il passe ainsi sa vie et la vie est trop courte à faire le tout. Voypns, cela n’est-ce pas presqu’une vrie religion, ce que nous enseignent ces Japonais si simples et qui vivent la nature comme si eux-mêmes étaient des fleurs ? »

Vincent Van Gogh, fin septembre 1888.

Je vais, d’accord avec lui, rassembler les diverses herbes qui vivent avec moi, sur cette parcelle de la terre, et je les nommerai demain.

J’attends ce soir, je sais qu’un feu va être allumé , beauté dans la nuit tombante, végétaux finis dont les cendres amélioreront le sol .

20 avril tout brille !

by florencebenedettigall

Ce matin, après une légère pluie nocturne, tout brille, tout brille autour de moi, et dans le grand pré : boules de graines des pissenlits, panaches roses des oseilles, et herbes folles de différents verts.

Les petits hommes, qui se disaient les maîtres de la planète, sont obligés, les uns après les autres, d’avouer leur échec: peurs, recherches, engagements, ils sont émouvants, certes, et essayent de survivre avec leurs moyens propres.

Pour nous, les végétaux, qui certes avons connu et connaîtrons de grands désastres, pour nous rien de spécial, et même je trouve que nous vivons ces temps plus brillamment que d’habitude. Est-ce parce que les bruits de l’autoroute et des trains ont disparu ? mais les chants des oiseaux et les bourdonnements des insectes en pleine activité sont plus sonores que d’habitude.

Et vive l’herbe ! un homme parle d’elle avec empathie, Jacques Réda ( L’herbe des talus ) :

L’herbe nous ressemble, elle pousse partout. Entre les pavés des capitales aussi bien que le long des talus. Et notre mémoire aussi est comme une grande prairie, où l’herbe doucement se relève sur nos sentiers.

Ainsi l’herbe nous ressemble parce qu’elle se renouvelle, tout en restant l’herbe de toujours. Elle a l’opiniâtreté de l’espérance et la profondeur de l’oubli. Le vent l’aime, il la fait courir, comme courent les mots dans nos têtes puis sur une page, quand on se laisse emporter au souffle variable des jours.

L’homme et l’herbe …forts et fragiles tous deux. Sous mon toit de grappes mauves, un nid d’herbes fraîches attend l’homme.

19 avril Coucou !

by florencebenedettigall

Pour la première fois ce matin, nous avons ici entendu Le Coucou (ou un coucou) et malgré l’absence de pluie, ça m’a donné du courage.

Il est temps pour moi de faire l’inventaire des êtres vivants dont j’ai la garde, du moins je me donne cette pseudo mission, car en fait, ils font bien comme ils veulent … les voici en désordre naturel, arbres, arbustes ou plantes, leur point commun est leur floraison, en ce 29 avril.

Excusez, mais je me mets tout de même en tête du troupeau.

Glycine

Corbeille d’Or

Jacinthe bleue

Lilas d’Espagne

Euphorbe

Bouton d’Or

Oreille de lapin

Iris

Lilas

Muscaris

Magnolia

Vilburnum

Muguet

Oseille

Monnaie du pape

Pâquerette

Bourrache

Romarin

Clématite

Véronique

Giroflée

Rose de la Gouet

Pensée

Séneçon

Cytise

Coquelicot

Trèfle

Plantain

et quelques autres, beaucoup même qui ne m’ont pas encore dit leur nom

et bien sûr,

La Dame d’ici, un peu flétrie mais bien en vie.

Merci, habitants de ce lieu, pour toutes les couleurs et toutes les formes. Chanter vos noms, dans le pépiement bouillonnant des insectes et des oiseaux d’ici, fait un grand plaisir.

J’apprends à l’instant que les guépiers sont passés pas loin, hier soir, et sûrement nous allons les entendre et les voir. Bien tôt pour cette année… Ils doivent apprécier le calme passager du monde humain.

« On n’est bien peu de chose

Dit mon amie la Rose … »

18 avril OverFurther

by florencebenedettigall

La cascade ruisselait dans les mots, mais moi, sans la moindre éclaboussure , avec toutes les autres de ce jardin, je continue mon travail vertical, et j’entends des mots américains, par delà nos territoires:

Over the Light, yet over,

Over the Arc of the Bird_

Over the Comet’s chimnet_

Over the Cubi’ Head,

Plus haut que la Lumière, plus haut,

Plus haut que l’Arc de l’Oiseau_

Plus haut que cheminée de Comète _

Plus haut que Tête de Toise,

Further than Guess can gallop

Further than Riddle ride_

Oh for a Disc to the Distance

Between Ourselves and the Dead !

Plus loin que chevauchée d’Enigme

Plus loin que galop de Clé_

O pour un disque dans la Distance

Entre Nous et les Morts !

C’est la voix de la mystérieuse poétesse ‘Emilie Dickinson, qui accumulait incognito ses travaux d’écriture, dans ses Cahiers.  » Car l’adieu c’est la nuit » rassemble les feuilles et fleurs bien vivantes de son immense jardin.