Mots de glycine

17 avril soif

by florencebenedettigall

Nous sommes en pleine chaleur, et surtout sécheresse. Mes grappes fleuries ne le manifestent pas, mais je sens dans mes racines dans mes tiges et les feuilles qui démarrent qu’un besoin d’eau s’installe, et je rêve de source, de filet d’eau, de ruisseau, de cascade…

La Dame des lieux aussi, et elle s’est mis hier soir à chanter , tout en arrosant les anémones du japon assoifées:

« Cascade

qu’est-ce ? C’est quoi, cascade ?

ça file, ça saute, ça chante à plusieurs voix,

ça sonne, ça re-sonne, ça résonne, ça gicle,

ça quoi ? ça qui? ça quand ? ça où ?

ça casse le silence,

ça casse l’ennui,

cascade cascade,

ça redonne l’envie,

l’envie de sauter,

l’envie de filer,

de gicler, d’éclabousser,

de jubiler, de crier,

et plus loin, de murmurer

tout doux tout doux,

à l’oreille des rochers,

en s’appuyant aux arbres,

en faisant résonner :

je cascade, tu cascades, elle cascatelle,

cascadons, escaladez,

qu’ils cacaillent, qu’elles cascadent,

Jubilons en rêvant

à travers vies et morts,

vers la mer, vers le Port. »

Et je la laisse chanter, d’une voix vieillie et à demi fausse, je pense qu’ ainsi, elle fera venir la pluie.

16 avril à quoi ça sert ?

by florencebenedettigall

Ce matin, 6h45 , un ou une peintre, je ne l’ai pas vu, est venu(e) . A la masse légère de mauve que j’installe contre la maison, et à celle, rose, de Clématite, il a ajouté, à l’est, un espace grandiose, rose, orangé, doré, il a étalé et fondu ses couleurs, et avec finesse installé une demi-lune or-argent au dessus de Belledonne, la belle dame. Assez vite après, il a noyé tout cela , pour une transparence légère… il a ensuite tout effacé pour remettre une surface lumineuse banale, sans variations. Le tout rapide, vingt minutes peut-être.

A quoi sert ce travail ? qui en plus ne reste pas … A quoi sert la beauté ?

Soudain, sous mon dôme fleuri, tout à côté de la forte base de mon tronc, un brin mouvant….

« Sur la pointe d’une herbe

une fourmi

sous le ciel immense. »

Hosai

15 avril

by florencebenedettigall

Il est bien difficile de faire autre chose que vivre épanouie….

et pourtant ne me viennent que des bruits humains douloureux, ou simlement inquiets, inquiets du futur. Ce sont les pensées et inquiétudes des humains. Certains sont en grande souffrance.

Moi, tranquille, confiante je continue mon simple travail, avec énergie. Et peut-être ce printemps, dans ce calme, ce silence obligatoire des humains, il est pour nous plus aisé de faire notre tâche continuelle. Insectes et oiseaux ont le champ libre, de manière normale, naturelle. Peut-être n’est-ce qu’un temps, une transition …peut-être un passage.

« Mon dieu, mon dieu

la vie est là

simple et tranquille ...  »

Les oiseaux se sont tus et la nuit nous enveloppe tous, dans une douceur légère. Pause fraîche, rêves d’accords. Nous nous reverrons demain et peut-être saurons nous chanter.

14 avril

by florencebenedettigall

En ce temps étrange, moi, la Glycine, je jubile, je déborde, j’explose.

Je me régale de mon travail, ouvrir doucement chacune des fleurs de chaque grappe de chaque branche, et en même temps très doucement laisser sortir les premières feuilles cuivrée qui s’installent au dessus des grappes.

Enorme travail jubilatoire, qu’accompagne une perspective étonnante; un futur de graines se formant de ces fleurs, et plus tard bien plus tard de ces graines jailliront rêves et fabrications diverses, réelles ou fictives.

Elle, ma voisine, locataire de ce lieu, dans son état de rétrécissement douloureux, sait pourtant m’encourager dans mon travail de vie.

Je m’explose d’autant plus, en formes et couleurs, dans la lumière de ce 14 avril , qu’elle en reçoit, je le sais, un peu beaucoup passionnément, de cette énergie de vie. Elle en a besoin, et sait l’admirer.

Ne sommes nous pas dans le même mouvement, dans le même vent, et de mort et de vie, et de vie et de mort ?

13 avril 6h55

by florencebenedettigall

Ciel en feu

buisson vibrant de pépiements d’oiseaux

au loin

une cloche tinte lentement

je rêve d’une eau envahissante

et continue.

12 avril . Ma voisine

by florencebenedettigall

Ma voisine : le Daucus.

Tout proche de moi, et plus loin sur le sentier qui mène au bois, prospèrent les daucus, ou carottes sauvages. Lumineux voisinage.

« Ce sont des ombelles éparses dans l’ombre; des espèces de constellations plus familières, moins éclatantes, moins froides et surtout moins figées que celles qui pourront sembler leur répondre au dessus des arbres une fois que le beau voile du jour aura été tiré.

Me voici parvenu au seuil d’une espèce de ciel d’herbe où flotteraient à portée de la main, fragiles, plutôt que des astres aigus, de petites galaxies flottantes, légères, blanches vraiment comme du lait, ou de la lainée brebis telle qu’il en reste accrochée aux ajoncs dans les îles bretonnes.

C’est aussi un peu comme quand on surprend les premiers pépiements, avant l’aube, c’est à dire dans un autre sorte d’ombre, d’oiseaux qu’on ne voit pas. A la fois distincts et reliés. Mais ce murmure, ici, des ombelles, annonce-t-il aussi quelque chose comme un nouveau jour, une autre éclosion ? Il ne semble pas. C’est un langage encore plus étranger. Vagues lueurs dans l’ombre, flottant au dessus de la tombe commune. « 

Ce texte de Philippe Jaccottet ( Et, néanmoins ) correspond si bien à ce que , moi, la Glycine, j’ai ressenti dans la demi lumière du matin avec les bruits vivants des oiseaux du jardinLa fragilité des grappes naissantes semblait presque lourde par rapport à la légèreté du Daucus voisin.

(On imagine une toile d’araignée aux dimensions du monde infini, qui brillerait dans l’ombre et dont le centre serait, cette fois, un tendre soleil inconnu. )

C’est la lutte

by florencebenedettigall

Lutte de beautés, j’espère gagner le prix, je suis vraiment en plein épanouissement et pas encore de signe de fatigue. En face Cytise ouvre mes rivales, grappes jaunes élégantes dans leur environnement de feuilles naissantes, et à gauche, elle, elle n’arrête pas d’ouvrir ses petits coffrets, d’où la fleur rose tendre sourit de ses quatre pétales réguliers….c’est Clématite, mine de bijoux, et douceur de sa couleur. Elle est belle, oui, c’est sûr, mais moi, je me sens Reine, en ouvrant ce matin les grappes de la zone inférieure de ma construction architecturale.

Il n’y a que les humains qui eux se sont retirés du concours, repliés, inutiles, ils pleurnichent dans leur vie réduite, et tous les soirs , vers le coucher , font un vacarme désagréable, mais touchant, casseroles, tamtam, clochettes etc….je préfèrerais que le violoncelle revienne. Ou qu’ils laissent la place totale aux oiseaux des jardins. Mais je pense que ça leur fait du bien et je les laisse faire.

Je rêvais de violoncelle, et voilà que ce matin m’arrive une musique vibrante …j’aime j’aime, c’est Charles Mingus,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,, l’histoire du chapeau, Good bye Pork Pie Hat. …

Complices

by florencebenedettigall

Moi, la Glycine, j’entends les mots de ce vieux poète- enfant Guillevic et ça me plait !

besoin de dire ta complicité

Avec les fleurs, toutes,

Depuis le temps

Où elles apparaissent

Jusqu’à celui

Où elles s’épanouissent

Et jusqu’à l’heure

Où elles sont condamnées.

Même fanées,

Tu es encore leur frère

il a écrit ce texte le 19_4 -94 et un peu avant, celui ci bien tranquille :

Ce ciel aujourd’hui si bleu

Parait soutenu

Par le chant du merle

Dans le bosquet _

Ou alors c’est l’inverse.

Mais si,

Merle et ciel

Sont complices,

Tu n’es pas

le catalyseur.

Merci, Guillevic.

9 avril

by florencebenedettigall

Six heures trente

au dessus du Granier lune d’or insolente

au dessus du Grand Arc à l’est

grande lueur douce qui s’empare du ciel

et moi, la Glycine,

tranquille après le repos de la nuit

je reprends mon travail de poussée de la vie

tant de grappes sont encore à ouvrir aujourd’hui

Confiante, je respire.

8 avril: la Balance

by florencebenedettigall

Je suis en cet intense travail de floraison, et je sens la charge des beautés en plein épanouissement : sur un plateau la légèreté abondante des grappes, sur l’autre la densité tortueuse du tronc et des branches, et je rêve d’équilibre.

Un poète alors vient chuchoter, dans le fouillis de la végétation du jardin, un texte de balance :

J’ai toujours eu dans l’esprit, sans bien m’en rendre compte, une sorte de balance. Sur un plateau il y avait la douleur, la mort, sur l’autre la beauté de la vie. Le premier portait toujours un poids beaucoup plus lourd, le second, presque rien que d’impondérable. Mais il m’arrivait de croire que l’impondérable pût l’emporter, par moments. Je vois à présent que la plupart des pages que j’ai écrites sont sous le signe de cette pesée, de cette oscillation.

Le texte de Philippe Jacottet, se prolonge en voyage personnel profond.

Philippe Jaccotet: A travers un verger.