Mots de glycine

Balbuciendo

by florencebenedettigall

Le mot de Michèle Finck, que j’aurais du écrire d’autre manière, vibre à travers tout son ouvrage, l’enfance, la mort, la mémoire, et les syllabes qui se déroulent étrangement, comme venant d’une autre voix, celle qui raconte la magie du « petit piano de paille », du « petit piano de paille du père » , et le « balbuciendo » au timbre lointain, et en même temps présent dans l’expérience même, du souffle, des cordes vocales touchées, de la couleur des mots qui sortent, doucement certes, avec l’émotion de l’essentiel … musique liée au souffle même; par ailleurs, dans cet accès à l’essentiel, la musique devient violente, parfois si violente que le lecteur se surprend à revenir en balbutiant aux mots premiers, humbles, réduits, comme pour retourner au silence, ou au « juste après » le silence. Balbuciendo.

« 

Tremblement
sur le piano noir
d’un flocon de neige. »

Balbuciendo p 76

Balbuciendo de Michèle Finck

by florencebenedettigall

Je retrouve ce petit texte de Michèle Finck, l’envie de le poser ici dans sa musique intense.

Ecriture : tour, terre, terrier, trou.
A-pic du cri dans l’oeil de la gorge.
Les mots titubent atterrés de mémoire.
Les souvenirs brûlent le vagin du visage.
Une étoile anonyme essuie les larmes.
Les onomatopées de l’os tournoient.
Poème : scansion du noir, balbuciendo.

Il suffit de passer le pont.

by florencebenedettigall

Passer traverser aller au delà aller outre prendre le pont de l’Oultre et continuer à se dire: je vais voir de l’autre côté, je suis ici et ailleurs, je suis toi et moi, je suis Pont et Brücke, je regarde devant et je me retourne, ou je me retourne et je regarde devant
 »

So viele Brücken gibt es,
Dass sie nie vergessen !
( … )
Grosse Brücken, kleine Brücken, lange Brücken, kurze Brücken,
Steinbrücken, Stalhbrücken, Ziegelbrücken, Holzbrücken,
Neue Brücken, alte Brücken
Brücken uber Wasser, Brücken über Land,
Schöne Brücken und hässliche Brücken,
Berühmte Brücken und vergessene Brücken.
Brücken, die ich nie sah,
Brüchen, die ich nie zählte,
Brücken, die ich nie betrat,
Brücken, Brücken, Brücken … »

Lu à Hambourg au Museum für Volkerkunde .

La lettre H n’est-elle pas elle même la représentation du Pont ?

lire l’ombre

by florencebenedettigall

Les mots sortent -ils du dessin ? c’est l’ombre, l’ossature même de cette glycine, le signe d’une présence sur le mur blanc . Il est vain de vouloir fixer le fluide, le son des signes projetés, la syntaxe de la mélodie. Juste, peut-être en laisser se diffuser un bruissement émergeant de loin en moi et retrouvant les autres.
Il est plus aisé de détacher alors, du fleuve chargé et bouillonnant, quelques syllabes de vie.
Essayer d’intégrer l’image photographique de l’ombre de la glycine fut un parcours labyrinthique pour le moment sans issue.

La flamme de la petite bougie

by florencebenedettigall

je retrouve le beau texte d’Abdellatif Laâbi:

La Flamme de la petite bougie

Cela dit
c’est de persister qu’il s’agit
Ne pas oublier
le feuillage ayant cette vertu
les astres inexplorés
qui naviguent à vue
sur les flots de l’éternité
Protéger de ses poèmes nus
la flamme de la petite bougie
Supporter la brûlure
de ses larmes
et savoir à temps
la passer au suivant.

Spirale

by florencebenedettigall

Cela arrive un jour
comme un autre
un jour de respiration
le regard
la voix
ou le chemin
s’enspirale en douceur
sur la neige
sur le sable
à la surface du lac
absorbe les voix d’ailleurs
les voix des autres
revient au départ
aiguille précise
qui s’enfonce dans le temps.

Ici se coule
le mouvement vivant
ici distille son souffle
ouvre l’obscur
alors
sans frein
vibrances folles
instants épars mots écumés
tiges rayonnantes
flamboiement des vents de ténèbres
et poursuite régulière du chant
au plus profond au plus ancien
là où germent les songes
où plongent les désirs
dans l’attente confuse
d’un fil de résurgence.

Cela arrive un jour
comme un autre
un jour de diamant
sur le sillon
la musique se détache
en copeaux vivants
syllabes multiples
rythmes intimes
rimes infinies
semées aux vents de tous
par les fenêtres ouvertes
des villes des forêts des nuages.

Le corps léger respire
et le chemin
la voix
ou le regard
s’enspirale et s’élève
lumières fluides
que tu files et dévides
et tu vires ivre
libre derviche
créant l’espace
de cet instant
blanc
blanc
et
vide.

Forêt de Pablo Neruda

by florencebenedettigall

J’ai cherché pour la réenfouir
la racine de l’arbre mort:
il me semblait que dans le vent
cette rigide chevelure
était douleur du passager:
quand je l’ai mise dans la terre
elle a tremblé comme une main
et cette fois, peut-être, a-t-elle
revécu avec les racines.

Arbre d’hiver

by florencebenedettigall

L’arbre, ici, maintenant, debout,
Rien que du bois,
Comme un oiseau figé debout
La tête en bas.

L’arbre vécu
Comme du bois
Et comme oiseau
Ne bougeant pas.

écrivait Guillevic dans Sphère.

Et ce matin 16 janvier 2013

On monte le chemin qui va vers la grande ouverture,
on monte vers le signal, au carrefour,
on monte vers l’arbre noir d’hiver puis
ce jour, soudain absent,
petit tas d’os rangés sur le côté dans l’herbe.
On monte le chemin vers l’absence, au carrefour,
ou bien vers la présence quelque part, de l’oiseau.
Quelle lumière attend-il pour s’ébrouer ?

cascades

by florencebenedettigall

Pour ouvrir le temps, on tourne le robinet de cuivre au dessus de la pierre d’évier usée :

cascade d’argent
cascade de rires

cascade de mots
cascade de sons

échos reflets
rythmes renvoyés

amplifications transe outrance
et le pouvoir fou de vivre en cascade
rêver filer sauter rebondir
aimer vibrer chanter revenir
jongler sourire danser et donner et
disparaître dans le grand pré en pente sous la falaise.

cascata cascatelle chute d’eau waterfall Wasserfall
la même nous précipite par sa musique dans l’illumination.

 » Je ris au wasserfall blond qui s’échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse. » m’a raconté Arthur.
Alors embarqué sur les flots les giclures et les éclaboussures, avant que ne vienne l’ivresse du bateau-coque de noix, on ferme avec respect le vieux robinet à cascades , et on se tait.

restes de dentelles

by florencebenedettigall

 

Lundi

Opaques nuits tissées

Fenêtres visages béton

Silences coulés de plomb

Mots morts mots emmurés

Mardi

Danse, dit-elle,

Danse

Ton souffle

Invente

Une lueur

Echelle infime

Tes notes filent

Les mots s’évident

Oscille le ciel

Et tu respires

Mercredi

Filets dans l’arbre miroir

Des racines ciselées

Aux découpures du ciel

Toute lumière se dentelle

Mirages d’arabesques, mille chants ajourés

Pour un vitrail d’éclaboussures

Et toi

Au cœur de l’écheveau fou

Tu souris

De désirs multiplié

Jeudi

De rire en place

De soir en glacier

Caverne en peuplier

De planche en écume

Nuage en phrase

De sourire en pavot

De chant en ruisseau

D’annulaire en chemin

Emue tu jettes tes mots

Danse, dit-elle,

Danse

Vendredi

Au carrefour tu dévies

La voix crisse la voix ment

Mots de sang mots déments

Les chemins clos t’enserrent

Tu te tais tu te terres

Tu délires tu t’enfermes

Enfer tien ton enfer

Et la toile t’effraie

Dense dense

Trop dense

Samedi

Silence

Corps silence

Sur les pierres aux mains mortes

Immobile mémoire

Les blessures de tous crient

Dans le lin séchées

Temps opaque

Attente

Plus loin

A peine un frisson

Souffle

A la surface de l’aube.

Dimanche

Le fil d’or tient ta main

Le fil rythme ton souffle

Le fil écrit ta vie

Danse, dit-elle, danse

Viens  deviens dentelle

Mots sur les prairies

Cris dans les eaux vives

Gestes courses mélodies

Et courbes de  caresses

Dans la lumière

pleine

Danse, dit-elle,

Danse