Mots de glycine

A la recherche de l’amandier

by florencebenedettigall

A travers un pays de collines, on suivait les petites routes sinueuses, à la fin de l’hiver. Plus tard, les petites routes sinueuses de la mémoire. Il fallait retrouver l’Amandier, celui dont chaque année on guettait la floraison précoce. Où le retrouver, à quel virage , prés de quelles maisons, sinon dans quelle mémoire partagée ? IL apparut une fois dans un tableau de Bonnard, L’ Amandier en fleurs, son dernier tableau. Il y resta, portant en lui malgré sa fraîcheur, tous les amandiers premiers rencontrés, dans leur commun pouvoir d’annonciation.
Guy Goffette le raconte merveilleusement, dans « Elle, par bonheur, et toujours nue ».

et la mer poursuit son balancement

by florencebenedettigall

Sur le sable
les traces vives des pattes d’un oiseau
envolé

un trou hurle l’absence dans les rochers
à marée haute.

Plus tard
débris fines coquilles arabesques algues et or
laissés

présents
à marée basse

mer veille
musique au loin

elle s’endort.

Les Voix du Poème par ici

by florencebenedettigall

Le printemps explose partout, glycines et clématites, iris et arbres de Judée, et poèmes par ci, poèmes par là au milieu des lilas, au coeur de chaque tulipe.
A la Galerie La Gouët, à Les Molettes, ce fut cela, jeudi soir, mots et voix, malice et sentiments, rêves et mots militants. Courriers exceptionnels, peints, brodés, façonnés, découpés, exposés dans le bonheur, puis lus par quelques uns, émotion, sourires, tendresse des mots de vie.
Et que dire quand les mots s’accompagnent de présences chaleureuses, de partage de bonnes choses, à boire, à manger…la vie bien savoureuse, oui, en ce printemps. Contre l’obscur, contre la disparition, contre le vide.

pour Mathilde

by florencebenedettigall

Sur le sable

les traces vives des pattes d’un oiseau

un trou hurle l’absence dans les rochers

à marée haute

Contre le tigre contre l’absence

by florencebenedettigall

Je retrouve le merveilleux petit texte d’Hervé Le Tellier, et je me le raconte dans le noir.

TOUT PETIT POEME

tout petit poème sauve-moi
tout petit poème aide-moi
dans la jungle il y a le vrai tigre
et tant d’heures dans un vrai jour
toi tu es si petit mon poème
si petit et si grande ma peine
sois courageux pour deux petit poème
sois fort sois doux fais-toi beau vraiment beau
sois le plus beau des petits poèmes
de tous les petits poèmes
regarde comme je l’aime
et vois vois tout ce que je te donne pour ta route
range tout bien
ne perds rien sur le chemin
je sais que tu n’es pas grand-chose
et que dehors il y a l’absence et le tigre et la vie
mais tu es tout ce que j’ai ma sentinelle de papier
alors
tu dois l’attendre elle viendra bien un jour
elle te prendra elle te lira
ce jour-là tiens-toi droit ne pleure pas
fais juste ce que je t’ai dit rien de plus
offre-lui tout ce que tu as tout
tes syllabes tes mots de rien
et puis parle-lui avec ma voix tu la connais
comme je l’ai fait la dernière fois tout bas
tu dois avoir confiance en toi en elle en nous
n’ai pas honte d’être si petit
un brave petit poème comme toi ça peut tuer les tigres
un brave petit poème comme toi ça peut sauver l’amour
tout petit poème aime-la
sauve-nous tout petit poème.

Hervé Le Tellier, Zindien, Le Castor Astral

l’amandier

by florencebenedettigall

le dernier tableau de Bonnard serait un amandier. Et l’ultime touche de son pinceau il l’ aurait demandée à sa « bonne », touche dorée, selon le récit, ou la légende.
Cet arbre fascinant serait arbre de première floraison, et arbre de départ.

voyage

by florencebenedettigall

Je retrouve ce beau texte de Claude Esteban :

Le soir venu, on se prépare pour un voyage
qui n’aura jamais lieu puisque bien sûr on ne part pas
mais c’est quand même chaque soir un moment
trés extraordinaire car avant de tout quitter il faut
mettre en ordre sa maison et chacune de ses pensées
qui prenaient tant de place et n’en garder qu’une
ou deux, les plus légères, pour son bagage.

by florencebenedettigall

On avance dans les broussailles, devinant la présence de l’eau, on rejoint un autre, un autre encore, peu reconnaissables de dos dans la pénombre, on arrive ainsi vers le ponton, on rejoint le groupe chuchotant, dans la douceur de ne pas être seul. On ne sait pour quel départ, on sait juste que quelqu’un part, d’ailleurs on entend le bruit régulier de rames, une barque se rapproche. Elle sera bientôt le long des planches du ponton.

J’entends la musique de René Char:

Berceuse pour chaque jour jusqu’au dernier.

Nombreuses fois, nombre de fois,
L’homme s’endort, son corps l’éveille;
Puis une fois, rien qu’une fois
L’homme s’endort et perd son corps.

J’ai retrouvé cette berceuse, septième des « Neuf merci pour Vieira Da Silva » dans « La bibliothèque est en feu et autres poèmes »

La petite voix

by florencebenedettigall

Printemps des Poètes

Je reçois des amis H.et D. une trés belle image: deux réalités s’entrecroisant, un paysage deviné en trois zones colline, lointain, ciel, et, s’immisçant légèrement, des empreintes de rouille et de mémoire ; et là au coeur de l’image, plié bien au chaud, un petit poème de Francis Dannemark, tiré du recueil « Une fraction d’éternité » 2005.

Dans les vociférations

Dans les vociférations des fous de guerre
Dans le cliquetis assourdissant de l’or
Dans le vacarme vaniteux des marchands
Dans le hurlement des sirènes ambulancières
Dans le tintamarre croissant des politiciens
Dans le tumulte des écrans petits et grands
Dans les tempêtes rhétoriques des théologiens
Dans le silence terrifiant de l’amour absent
Essayez au moins une fois
La petite voix d’un poème.

les voix du poème

by florencebenedettigall

Les « Chats Pelés » ont fait ce printemps 2013 une affiche vraiment tonifiante, drôle, sonore, pour fêter les voix du poème. Quel plaisir !
Mais qu’est-ce qu’elles disent, chantent, racontent, ces voix, alors que le printemps au lieu de nous mettre en situation bucolique, disparait sous les torrents les vents et les neiges ?

Les voix du poème

L’une chantonne nos enfances
murmure nos hésitations
chuchote nos folles questions
fredonne nos espérances

Une autre hurle nos colères vertes
fracasse les murs de nos peurs
chante à tue-tête en haute mer
et nous enivre au corps au coeur

Une autre se fait herbe d’été ou brise
vient adoucir nos insomnies
harmonise nos blancs nos silences
et joue voltige scintille et danse

Une autre encore voix de racine de nos corps
tire des mots de vie des mots de mort
des mots de feu d’amour de liberté
dans le soleil et les ombres liés

Parfois ensemble elles vibrent à la folie
multiples nous entrainent dans l’écho du vent
avec les fils des mots en mouvement
écoutez-les tisser les couleurs de nos vies.