Mots de glycine

une visite

by florencebenedettigall

Dans le fracas et l’absence, je lis ce petit texte que Poezibao nous livre ce matin:

La mort est un ange
Qui revient chercher ses ailes
Il n’y a pas de routes dans ce pays
Juste des directions
Je caresse l’encolure des animaux
Qui paissent dans ton silence

Et le vent sera ma demeure

Ce texte à la fois bouleversant et rassurant pour moi a été écrit et livré par Jean-Baptiste Para . Je ne le connais pas mais le remercie car je me glisse dans ses mots en confiance.

Le grand arbre

by florencebenedettigall

l’arbre peut renverser son royaume
racines où les enfants
viendront boire
le ciel

avec leurs rires dans les feuillages
le monde se retourne
niant l’épuisement des terres

louange
voici le temps de blanche éternité

IMGP0563

Je vous en prie

by florencebenedettigall

Je reprends les mots simples de Charlotte Delbo que me transmet l’amie I.

Je vous en prie
faites quelque chose
apprenez un pas
une danse
quelque chose qui vous justifie
qui vous donne le droit
d’être habillés de votre peau de votre poil
apprenez à marcher à rire
parce que ce serait trop bête
à la fin
que tant soient morts
et que vous viviez
sans rien faire de votre vie.

Rencontres

by florencebenedettigall

Rencontres déjà anciennes de trois mois, celles des oeuvres peintes d’Odile Escolier. Généreusement, Odile nous a ouvert son atelier de Barberaz, et nous, petit groupe d’écrivants, nous avons rencontré ses toiles et conversé librement avec elles. Je retrouve mes petits textes et les reprends ici. Mais il convient d’aller sur le site de l’artiste ( http://www.odile-escolier.com )ou mieux encore de profiter d’une éventuelle exposition.

Rencontres

Au loin tout prés
dans la lumière
des voix des pas
des silhouettes
un souffle

1.
Certains
si doux si légers
en silence vont viennent
nous relient nous entraînent
puis disparaissent
sans mot
reste leur respiration avec nous
de leurs amours

2.
D’autres
venus de loin
nous parlent nous enlacent
puis s’effacent
en miettes d’or
coeur diffusé
ou bien dans la nuit
accompagnent
nous effleurent la main
nous sourient
s’installent avec nous dans la barque
et chantent

3.
Deux femmes sur le rivage
assises l’une contre l’autre
s’appuient sur le bleu confiant
entre ciel et reflet
rêve et réalités
elles sont soeur et soeur
mère et fille elles sont amies
source et mer
naissance et départ
fileuses de vie

4.
Plus loin
accolés les uns aux autres
complices solidaires
sous leurs peaux tannées ayant pris même couleur
celle de nos vies confondues
ils se tiennent prêts
corps vivants coffres précieux
emplis de mots et de musiques
lettres emmêlées mots à mots
larges plages de phrases et de silence
ils respirent avec nous
nous les entendons dans leurs secrets

5.
Debout trois se sont retrouvés
après de longs voyages de solitude
de leur musique en partage
ils tracent des lignes claires
construisent un espace
d’ordre et de légèreté
ample forêt
il fait bon s’y promener

6.
Dans l’eau première
dans l’eau des départs
l’eau des transformations
ils sont avec nous
ou leurs reflets ou leurs ombres
nos mémoires se confondent
lumière deux la portent
et nuit d’ailleurs deux la chantent
dans l’eau d’ici
vers l’au-delà

7.
Et restent de leurs passages allers retours quête et cueillette hésitations erreurs éclaboussures bavures
restent des chuchotis et des empreintes incertaines giclées de terre giclées de ciel rivières à naître

gouttes de vie en supplément
sur le fidèle tablier
de toile

Dix neuf mots seulement

by florencebenedettigall

nothing much
has changed
I came back to reclaim
my place in the spiral
of non-time
that’s all

pas grand-chose n’a changé
je suis venu reprendre
ma place dans la spirale
du non temps
c’est tout

Ce petit texte que m’a livré Poezibao s’installe ici, écrit par Dom Gabrielli. Il habite mon espace ce soir.

Et ma glycine vient d’un second mouvement, contradictoire, inscrire sa floraison légère, fragile, aérienne dans la masse feuillue. Spirale du temps, elle. Présence.

by florencebenedettigall

je trouve la traduction de Simone Normand et Marcelle Fontfreide, et elle me convient bien, m^eme si à la voix orale le texte anglais est irremplaçable, dans sa fluidité, dans son élasticité, comme un déroulement liquide de mouvements de plus en plus amples.

Comme si la mer s’ouvrait
Découvrant ainsi une autre Mer –
Et cette Mer -une autre – et que les Trois
Ne soient que – Supposition

D’une suite de Mers-
De rivage vierges –
Elles-mêmes, Frange des Mers à venir –
L’Eternité, c’est cela –

Rêve de mer

by florencebenedettigall

comme emplie de vent et de mer, je retrouve par hasard un texte d’Emily Dickinson:

As if the Sea should part
And show a further Sea
And that – a further – and the Three
But a presumption be –

of Periods of Seas –
Unvisited of Shores _
Themselves The Verge of Seas to be –
Eternity -is Those

l’eternité, la mer allée avec le soleil, dans le vertige de nos consciences

Coucou le coucou

by florencebenedettigall

Ce matin, installé, il me répète sa présence, et me renvoie à Guillevic.

Voici que le coucou
T’honore à nouveau
De son chant,

te rend à ta dimension,
Te donne

La possession
De la clairière.

Et ce coucou et le mien se répondent et me renvoient à la belle dernière suite de Guillevic, »Vieillir »

Une de ces variations, la dernière de XXVII, nous parle bien sagement :

Tu as beau vieillir,
Tu ne déborderas pas.

Tu n’es pas rivière,
Tu suivras ton cours.

Tâche de t’y plaire.

Guillevic. Présent.

Les rivières de la mémoire

by florencebenedettigall

Réseaux étranges qui disparaissent dans des zones souterraines et parfois ressurgissent, à l’occasion d’un mot, d’une image, d’un regard, d’un lieu.Parfois c’est la rencontre de plusieurs ruisseaux qui fait remonter à ce qui peut être la source, en sachant bien qu’elle, cette source, vient de bien plus loin encore.
Ainsi est revenue dans la mémoire de l’une, la rivière de Claude Roy, en flots hésitants dans l’ombre, puis ensoleillés. La voici, présente dans son déroulement régulier. Dans ses résurgences elle en a réveillé d’autres, et parmi celles-ci, toutes différentes, celle des Plats, le Duzon, avec ses schistes luisants, et ses enfants joueurs.

Dans son sommeil glissant l’eau se suscite un songe
Un chuchotis de joncs de roseaux d’herbes lentes
Et ne sait jamais bien dans son dormant mélange
Où le bougeant de l’eau cède au calme des plantes

La rivière engourdie par l’odeur de la menthe
Dans les draps de son lit se retourne et se coule
Mêlant ses mortes eaux à sa chanson coulante
Elle est celle qu’elle est surprise d’être une autre

L’eau qui dort se réveille absente de son flot
Ecarte de ses bras les lianes qui la lient
Déjouant la verdure et l’incessant complot
Qu’ourdissent dans son flux les algues alanguies.

Claude Roy.
Poésies. Gallimard.

Celui de Bonnard, raconté par Guy Goffette

by florencebenedettigall

Bonnard sait que ses heures sont comptées. Il est allé aussi loin qu’il a pu dans son regard et en revient rasséréné. Au fond du noir, il y a toutes les couleurs de L’Amandier en fleur, le dernier tableau auquel il travaille. Et c’est un cri d’amour à la vie. Un arbre pour finir et ne pas finir, un arbre debout comme un homme. Pas n’importe quel arbre, pas n’importe quel homme. Mais celui qui fleurit en hiver quand tout ce qui se tient autour fait le mort, celui qui met le plus de lumière dans la ténèbre, avec ses boules de fleurs blanches, un arbre pour rappeler à l’homme que la vie ne meurt pas, mais seulement ses apparences qui sont des masques. C’est cet arbre-là que Pierre est allé chercher au plus profond de lui-même, sans y penser, sans le vouloir. En le peignant, il n’a pas vu sans doute qu’il faisait, après le cheval de cirque, un autre de ses autoportraits. Il n’a pas vu que les branches de l’amandier étaient noires et noueuses comme ses propres bras, pas vu que la blancheur de ses cheveux épousait celle des fleurs, non, il a senti monter l’arbre en lui, percer les bourgeons au bout de ses doigts, fleurir la vie qui n’a pas de fin.
« Il ne s’agit pas de peindre la vie. Il s’agit de rendre vivante la peinture. »
De son lit, avant de mourir, il a appelé Charles Terrasse, son neveu, et lui a désigné l’Amandier posé par terre: » Ce vert, sur le terrain, là, ne va pas. Il faut du jaune. » Charles lui a tendu le pinceau et tenu la main, et Pierre a renversé d’un geste sur la terre au pied de l’arbre tout l’or de sa vie: le champ de blé où Marthe l’a fait rouler, la flamme dans l’oeil du cheval et ses ailes de papillon de l’an 2000.

Elle, par bonheur, et toujours nue
Le papillon de l’an 2000 chapitre 4
Guy Goffette.