Mots de glycine

A vol d’oiseaux

by florencebenedettigall

Dans les grands vols de mots, de poèmes, de  musiques, m’arrive  un  vol d’oiseaux  qui s’installe par ici, vers le lac, dans les marais, et dans les jardins, jusque chez moi.

« L’oiseau traverse nos vies nos balcons nos regards. Le rendez-vous est quotidien et on voudrait l’écrire. On répertorie son geste d’envol. On attend que ça entre un peu en soi. On dresse un piège à poèmes. On écoute l’oiseau chanter encore. Etirement dans l’étendue de la page. Héron ou martinet. Quelques corvidés. La pie aussi. Circulation des flux jusqu’en nos dedans: on se relie. Le peintre, dans un grand geste d’air cueillant et l’oiseau et l’arbre, nous accompagne. » Jacques Moulin.

Merveille, ces lignes me réjouissent. Merci l’amie qui m’a mise sur ce chemin d’oiseaux, avec le héron, la pie, les corbeaux et les autres, si présents.

Le dernier recueil de Jacques Moulin « A vol d’oiseaux » est  merveille.

Les mots de la glycine

by florencebenedettigall

Elle dit, présente, inscrit et le temps révolu et le temps à venir.

Les gousses préparées en de longs mois, portant une, deux ou trois graines, explosent au soleil en fin d’après midi, les graines sont violemment expulsées, petits disques bruns vernissés, la gousse dure comme bois, ouverte en deux ailes ouvertes encore accrochées à la branche par une attache fine, pendant que sûrement se forment, sur la même branche de bois sombre, de nouveaux bourgeons,  volumes ovales faits d’un étrange duvet grisâtre, qui semble contenir déjà le mauve et le vert à venir. Nulle feuille encore, mais le squelette nu de la glycine, comme une inscription  calligraphique du temps, elle même renvoyée doublement, et dans son ombre, et dans son reflet sur la vitre.

Elle n’est que dessin mais elle annonce couleurs, volumes, parfums et  bourdonnements.

Encore une fois, encore, le temps, ses morts, et ses futurs, me sont chantés et m’enveloppent de leur évidence commune, banalement sensible en toute végétation, mais peut-être plus encore en elle, ma glycine.

Ses mots glissent en moi, ici.

Droite

by florencebenedettigall

Je trouve dans Poezibao cette pépite  que j’emprunte sans hésitation :

Un arbre en travers de mon corps

me maintient droite.

 

M-C Bancquart, Mots de Passe.

Retour vers les amandiers

by florencebenedettigall

Ils explosent en cette fin d’hiver dans les vergers et les jardins du sud. Les amis m’en envoient comme des reflets, pour moi mélés à mes propres images fixées et réactivées, et aux textes de Camus, et ceux si délicats de Jacottet que je retrouve avec délices, dans ce petit livre dont il faut couper les pages… de la lame détachant les pages, j’ai l’impression de faire jaillir tout délicatement une mousse légère blanche éclairante que je peux refermer avec le même plaisir.
Les lignes sur les amandiers en fleurs, déjà lues il y a longtemps se mêlant à mes souvenirs émerveillés, répétés, revivifiés par la magie de la mémoire et des mots produits. Le pouvoir du poète est bien cette capacité à faire vibrer en chacun des zones qui rejoignent celles de bien d’autres, et concernant les amandiers, il me plait de rêver à tous ces amandiers de nos mémoires et de nos imaginaires, se superposant, frémissant ensemble ou les uns après les autres, et à tous ces pétales qui s’envolent en une voie lactée fourmillante de vies inconnues et de mondes morts et de mondes à venir.

Les images des uns des autres ne parlent finalement que de »bientôt » de « déjà » de « naguère » de « tous les hivers » …peut-être est-ce la seule force de ce mirage, sa répétition d’attente de vie d’attente de beauté fragile et de cette disparition, présage d’un futur, la formation des douces amandes.

Je relis « A travers le verger », de Philippe Jaccottet, je reprends le mouvement final, mais il faudrait tout reprendre, de même que parfois quelques mesures émouvantes, si émouvantes, d’un concerto pour clarinette de Mozart, entraînent la réécoute de l’ensemble, et encore et encore…

Je pense à présent à des histoires de voyageurs franchissant un col dans un tourbillon de neige. Cela seulement, rien de plus: sans savoir, sans chercher ce qu’il advient d’eux de l’autre côté. Le tourbillon de ce verger est-il en même temps le voyageur? Je ne veux rien affirmer, ici, en ce moment. Je risque un mot, une image, une pensée, je les retire ou les abandonne, c’est tout, puis je m’en vais. Le vent souffle, ne souffle plus. J’ai ce verger derrière moi maintenant, c’est à peine s’il a touché terre, il ne le peut pas, pourquoi est-ce qu’on voyage, pourquoi est-ce qu’on marche, j’ai l’âme enveloppée de neige tout à coup, mais ce n’est pas une neige venue d’en haut et qui tombe, et qui ensevelit sous un froid chuchotement, celle-ci monte, flotte, fait halte.
Tu l’as croisée. Ne te retourne pas.
Elle a ouvert, elle a fermé les yeux.

écrire encore

by florencebenedettigall

Grâce à Poezibao je trouve le 13 janvier des mots qui me conviennent fort, sur l’écriture, la nécessaire écriture.
C’est extrait du recueil FLAQUES d’Antoine Emaz:

« Le principe est bien celui-là : à un instant précis, du vif se cristallise en mots et invente sa forme. »

 » Ecrire s’enracine dans un certain nombre de hantises profondes. Même si l’oeuvre bouge un peu, c’est toujours pour finalement retourner à ces points d’ancrage qui font l’identité de l’auteur. En théorie, on peut écrire sur n’importe quoi. En pratique, on n’écrit que sur ce qu’il est nécessaire d’écrire. Le reste passe sous silence, ne retient pas la main, ne s’impose pas. »

Je retravaille sur deux séries de textes anciens, et  » le vif se cristallise » étonnement.DSCF0253

une virgule

by florencebenedettigall

Une très légère démangeaison à la base du cou, et un doux engourdissement il passa sa main gauche sur la zone étrangement présente : du duvet, il le sentit, du duvet lui poussait sous la nuque, s’installait au départ de chaque épaule, gagnait les avant-bras jusqu’aux coudes. Une bonne chaleur l’envahissait, il comprit qu’il était en train de vivre un moment essentiel. Le duvet très blanc s’épaississait dans le dos,des ailes lui poussaient ! Aucun tiraillement, douleur aucune…un temps de pur délice. Il devenait ce qu’il avait toujours rêvé d’être. La fenêtre était ouverte, il en profita, s’élança sans la moindre appréhension, naturellement, et disparut dans la neige première. Ne resta de lui, sur le rebord de la fenêtre, qu’un fin duvet, comme une virgule.
C’était le 6 janvier, et il neigeait depuis cinq heures dans le silence d’hiver.

temps de début

by florencebenedettigall

d’abord ce serait un infime craquement, un reflet en fuite, une caresse d’air, puis sur la neige peut-être, ou la toile, ou le matin, juste la calligraphie du passage de l’oiseau
après, la vie pourrait reprendre, sans pause, mais avec des silences ouverts

 

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La galerie

by florencebenedettigall

Dans le labyrinthe laborieux de ces jours, je me trouve soudain happée par un texte plein de résonances intérieures. » Le musée clandestin » d’Emmanuel Merle.

juste ici aujourd’hui,

la galerie

la pierre anthracite est au centre
de la galerie elle ressemble
à son nom quand je le prononce

anthracite

elle remplit le creux de mes propres mains

mais le rayon qui la traverse
éclate sur son noir en une parole intense
un langage violent d’une vie
primitive presque oubliée

charbon gras de lumière noire

ce texte fait plonger à l’intérieur du mot, de l’image, de la réalité. Me vient dans cette galerie un tableau existant, ou possible, de l’artiste Heidi Haas. L’éclat dans la brisure, la lumière de la brisure, le clair dans les chocs de l’obscur.

Mots

by florencebenedettigall

Mots éteints, étouffés, annulés car si peu valides qu’ils font trébucher alors que l’on voudrait avancer.
Mots filant dans le silence, mots occupant les espaces de peur, mots présents dans les désastres, mots doublant le souffle court.
Mots balbutiant la présence, mots de survie, de résistance, mots de silence, d’air et de vent.
Mots de simple respiration.

Lire l'ombre

Lire l’ombre

la pièce disparue

by florencebenedettigall

Peut-on reconstituer le puzzle ? la pièce disparue est trop pleine d’éclats divers, le vide créé explose de morceaux vifs, encombrants, blessants, fragiles. Les efforts pour remettre à plat l’ensemble de l’image sont épuisants, et pourtant nécessaires.
Il faudra donner aux mots le pouvoir réparateur.
Un oiseau crie dans la nuit, le froid s’empare de ce cri.