Mots de glycine

Couleurs

by florencebenedettigall

Par le hasard de livres ouverts, feuilletés, reconnus comme de vieux amis ,  je retrouve un texte de Vieira da Silva qui me parle fort.

 

Je lègue à mes amis

un bleu céruléen pour voler haut

un bleu de cobalt pour le bonheur

un bleu d’outremer pour stimuler l’esprit

un vermillon pour faire circuler le sang allègrement

un vert mousse pour apaiser les soifs

un jaune d’or: richesse

un violet de cobalt

une garance qui fait entendre le violoncelle

un jaune baryte science fiction, brillance, éclat

un ocre jaune pour accepter la terre

un vert Véronèse pour la mémoire du printemps

un indigo pour pouvoir accorder l’esprit à l’orage

un orange pour exercer la vue d’un citronnier au loin

un jaune citron pour la grâce

un blanc pur: la pureté

terre de Sienne naturelle: transmutation de l’or

un noir somptueux pour voir Titien

une terre d’ombre pour mieux accepter la mélancolie noire

une terre de Sienne brûlée pour le sentiment de la durée. 

 

Amies et amis peintres, vous y retrouvez-vous ?

Pluies soleil

by florencebenedettigall

Pluies soleil

.Ce matin me revient un petit texte de Ludovic Janvier, sorti de la lumière même.

 

Après la pluie vacance de cristal

brindille au bec un oiseau fend le bleu

on respire à coeur un envoi d’herbe

émané de la dernière eau

 

soleil cru

oeil de silence

on est fendu par la frontière

entre balance et suspens

le secret s’avance d’un pas

le jour se lève sur parler

 

Ludovic Janvier, Une poignée de monde, poèmes, Gallimard.

Pluies soleil

by florencebenedettigall

Juste écrire le plaisir visuel de ce jeu d’alternance des lumières des regards des balancements des contrastes fugitifs, dire la fluidité de tout point de vue , la mobilité d’un monde à moi présent , donné dans son déroulement de mouvances,  son miroitement de reflets, son flux fascinant, et sa légèreté. Mes mots sont si lourds pour ces lumières, si opaques pour ces grisailles … y chercher le silence.

de-ci de-lac

by florencebenedettigall

On  traverse un océan en oiseau par dessus les voiles de nuages, on traverse toute une large terre, dans la tête, épaisse masse géographique, carte et vues imaginaires, puis, de l’autre côté, si loin, si loin, on entre avec appréhension, juste les doigts de pieds dans cette mer impressionnante, aux rouleaux fracassants,  on entre frissonnant d’émotion, une petite fille joyeuse éclabousse de rires ces premiers pas et vous donne la main, on ferme le yeux, les oreilles, et on se dit: « de-ci de là merveille ».

On serait bien restée, partie plus loin, on aurait bien pris kayak, radeau, planche, brindille, fétu de paille, mais non, on est attendu ailleurs.

Oiseau, bien sûr, on redevient, on revient, de ci de lac, au bord, sur un ponton, on s’ébroue, on s’agite, avec quelques autres, heureux, on profite des lumières, des insectes, de l’eau tranquille. On est heureux, on peut chanter.

L’océan

by florencebenedettigall

Je vais partir, passer  par dessus terres et mers et nuages, et cela est à la fois jubilatoire et terrifiant.

Le norvégien Poète me donne ses belles vérités.

L’océan

 

C’est ça, l’océan :

le sérieux même,

puissant et gris.

Mais tout comme l’être

dans la solitude

ouvre tout à coup

ses miroitements

à des gouffres dee mystères-

ainsi l’océan par un matin bleu

s’ouvre

au ciel      et aux solitudes.

Tu vois, dit-il tout scintillant,

moi aussi j’ai des étoiles

et des gouffres bleus.

 

du poète norvégien Olav Hakonsson Hauge, traduit par Anne-Marie Soulier.

Un mot

by florencebenedettigall

Trouvé ce matin un bonheur, sur le site Poezibao, écrit par le poète norvégien Olav Hakonsson Hauge :

 

Un mot

– une pierre

dans une rivière froide.

Encore une pierre –

Il m’en faudra d’autres

si je veux traverser.

 

Incapable moi-même d’écrire , je me glisse sans vergogne dans ces mots essentiels. J’aimerais entendre leur musique norvégienne.

Intérieur-mer

by florencebenedettigall

J’emprunte ce titre à Simone Salgas, dont je redécouvre les poèmes sur sa mer-soeur.

Plaisir d’en déposer ce matin quelques bribes, même si c’est vraiment difficile de détacher d’un ensemble une partie autonome.

 

Raison de l’horizon

la mer me traverse en lagunes

et le vent est si las

qu’il en oublie mon nom.

 

Une autre page me parle:

 

 

La mer a perdu la mémoire

 

Sous les limons

les mots figés qui n’ont pas su

les mots secrets qui n’ont pas pu

 

 

Dans le silence des limons

la limite des limonaires.

 

Le petit livret d’où viennent ces vagues de mots, est édité par Les Verbieuses.

De retour

by florencebenedettigall

De retour en cette terre de montagne, après une  » promenade au phare » … en Finistère nord.

Aller, avec la perspective connue que l’on va retrouver, la même mais différente, bien sûr car soi même différent depuis la dernière promenade , aller pour retrouver en dehors et en soi ces correspondances si évidentes, dans le déroulement du trajet, l’évolution du paysage, et la lumière, celle de l’extérieur, changeante, obligatoirement, et celle que l’on garde en soi, faite de tous les reflets accumulés en une superposition troublante. Aller vers cette réalité qui devient mirage, projection de rêveries résurgentes et nouvelles, car transformées. Aller vers cette mer, aimant multiple, aux forces confuses difficiles à  analyser, car chaque mouvement est effacé, recouvert, récurrent dans ses différences, et fascinant dans ses transformations. La répétition n’est jamais vraiment le mot à   utiliser, reformulation, comme une phrase qui vient, que l’on reprend en la modifiant, un chant  gardant son rythme mais modifié dans ses timbres et son intensité.

Bien sûr, simplement, fascination pour ce mouvement constant en transformation constitutive. L’acte de transformation, de modulation, d’interprétation aussi.

Je patauge dans ces marées de mots qui aimeraient fixer ce qu’il est impossible de fixer. La mer, le vent, la lumière.

 

Choses qui s’échouent

by florencebenedettigall

Choses qui s’échouent

je vis dedans

vieux roseaux morts

échoués

sur le bord

du lac

je m’enroule dedans

je vis dedans un temps.

 

je peux le faire

ça ne me fait pas peur

 

les coquilles

échouées

dans la rivière

pas d’escargot dedans

toutes nettoyées par l’eau

bouillonnante

je vis dedans un temps

 

quelque chose

toute chose

choses qui s’échouent

je vis dedans

 

alors maintenant je me promène

avec des bruits d’eau

dans mes oreilles

bruit de petit ruisseau

bruit de rivière vive

le bruit des vagues sur un lac

je marche vers elles

 

Oh! que des choses échouent encore

pour que je vive dedans !

 

Il y a quelques jours, j’ai trouvé dans ma boite à lettres une petite boite bleue pleine de trésors échoués, mousse, lichen, feuille, coquille, herbe,et autres merveilles, dont un petit crayon, et enroulé dedans, échoué lui aussi sur un papier transparent , ce texte d’ Howard Norman. ( l’Os à voeux).

Oh! que des choses échouent encore

pour que je vive dedans!

Cette boite bleue venait à point, et m’a bien encouragée dans le petit projet qu’à quatre nous préparons: De ci de lac, flânerie prés de notre lac, et  récolte de choses échouées, images et mots. Gravures, aquarelles, écritures, photos.

vol

by florencebenedettigall

Matin clair sept heures,  par la fenêtre l’ombre d’un oiseau, pas le temps de savoir plus.

Alors le plaisir de noter les mots d’oiseau de Jacques Moulin:

 

Rien que pour l’aile                                               

 

Cette pointure du ciel

quand s’y glisse l’oiseau

 

Rien que pour l’aile

 

Ce vertige de l’arbre

quand l’oiseau s’y épointe

 

 

 

L’oiseau et l’arbre.

Et me reviennent les mots de René Char que nous avions recopiés avec jubilation sur un mur, pour accompagner  les premières sculptures de L.B exposées à  Chalon sur Saône.

« L’oiseau et l’arbre sont conjoints en nous. L’un va et vient, l’autre maugrée et pousse. »  ( A une sérénité crispée)