Mots de glycine

nuits et neiges (suite)

by florencebenedettigall

Une deuxième tombée de neige, une deuxième tombée de mots, la deuxième variation de Lorand Gaspar, dans NUITS ET NEIGES, variations sur un thème d’enfance. J’ai plaisir à la regarder tranquillement, loin des fracas et conflits

 

Neigez ô neiges, neige dans mon corps

neigez sur le noir des ailes pensées

aérez de vos danses tous ces mondes

d’épaisseurs immobiles jamais dits

faites jaillir le bonheur que l’on croit

à jamais banni de la finitude_

 

couvrez de paix, de silence léger,

routes et champs, maisons et joues d’enfants

où jamais l’amour ne fut embrassé_

 

vergers de l’enfance neigez, neigez

sur les déserts de mémoire d’amour_

soyez la fraîcheur de tant de nuits blanches

neigez, neigez sur nos pas dans la nuit_

 

Je rêve autour de cette variation, quand m’arrive un mail de Nouara qui me dit sa grande colère contre un nouveau « blizzard » annoncé, xième tempête de neige dans le nord de l’état de New York. Ce sont de bien autres variations.

 

 

Nuits et Neiges

by florencebenedettigall

Me revient,  à propos de ces sensations et images liées à la neige, un texte de Lorand Gaspar. J’en avais un souvenir léger et  fin, je l’ai retrouvé dans un recueil intitulé Patmos et autres poèmes, publié chez Gallimard en 2001.

NUITS ET NEIGES

                                                     Variations sur un thème d’enfance

 

Des voix de neige tournoient dans la nuit

le même enfant regarde le silence

danser pour ceux qu’étonne d’être là_

 

éclats de joie dans l’incompréhensible_

 

Neigez ô neiges, neigez, neigez

pattes de velours, cristaux impensés

neigez silence, neigez idées,

clartés sans mots écloses sur les lèvres

 

flocons, pétales, duvets

d’une pensée indivise

neigez dru dans nos ténèbres

îles de battements blancs_

 

Cette première variation s’infuse dans la douceur simple du langage, et je m’amuse de l’insensibilté de nos machines: le correcteur orthographique met du rouge! sur la neige, sur l’intouchable! il censure « neigez » et « impensés ».

je neige tu neiges il neige, nous neigeons, que vous neigiez, neige, ils neigèrent, que vous ayiez neigé  tout le mystère de ces transformations, nous neigerions sans fin pour adoucir le monde …

Neigez, Lorand Gaspar, neigez vos mots  de vie, cristaux impensés.

à pas feutrés

by florencebenedettigall

à pas feutrés

à pas d’enfance

elle est venue

la silencieuse la multiple la régulière la dentellière si légère si fragile cristalline, le temp s’affine, le temps s’effrite,

la magicienne fascinante la caressante la dormante l’amante dans les grands draps tissés de songe et de réel

la dormante la menaçante l’effaçante

à pas de silence

à pas de gisant

elle installe  un ensevelissement des formes des voix des mouvements

inaudible

immobile

vertige

vide

 

et nos mémoires s’enneigent.

la suite

by florencebenedettigall

J’en étais à raturer-rater, et la vie continuait à aller, puis vinrent des  horreurs, des démons, des indicibles…  puis un temps, un  temps de reprise, de respiration douloureuse pour tous. Et curieusement nos petites vies se perdent dans une grande masse vivante, conglomérats des uns et des autres, pris dans les mêmes temps. Et curieusement aussi les mots des uns parlent pour d’autres, merveilleusement, comme si exceptionnellement, ils étaient enfin prononcés et reçus. Me sont arrivés ceux de Julos Beaucarne, par la voix de François Morel, puis de Julos lui même. Je les avais déjà entendus, je crois, mais, ils ont pris leur sens.

 

 

« Ma Loulou est partie pour l’enfer du décor, un homme lui a donné neuf coups de poignard dans sa peau douce. C’est la société qui est malade, il nous faut la remettre d’aplomb et d’équerre, par l’amour et la persuasion.

C’est l’histoire de mon petit amour à moi, arrêté sur le seuil de ses 33 ans. Ne perdons courage ni vous ni moi. Je vais continuer ma vie et mes voyages avec ce poids à porter en plus et nos deux chéris qui lui ressemblent. Sans vous commander, je vous demande d’aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches. Le monde est une triste boutique, les coeurs purs doivent se mettre ensemble pour l’embellir, il faut reboiser l’âme humaine.

Je resterai sur le pont, je resterai le jardinier, je cultiverai mes plantes de langage. A travers mes dires, vous retrouverez ma bien aimée, il n’est de vrai que l’amitié et l’amour. Je suis maintenant très loin au fond du panier des tristesses; on doit manger chacun, dit-on, un sac de charbon pour aller au paradis. Ah comme j’aimerais qu’il y ait un paradis, comme ce serait doux, les retrouvailles.

En attendant à vous autres, mes amis d’ici-bas, face à ce qui m’arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu’un histrion, qu’un batteur de planches, qu’un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd’hui :

je pense de toutes mes forces, qu’il faut s’aimer à tort et à travers.

Je pense de toutes mes forces , qu’il faut s’aimer à tort et à travers. « 

Raturer rater

by florencebenedettigall

Je relis les ratures d’hier, un trait, un trait, l’envie de tout barrer, raté, raté.

Alors rater, même origine du mot ? non, pas du tout, il s’agit d’une histoire non de râteau, mais de rat !

rater: 1718, dictionnaire de l’Académie,  « ne pas partir », en parlant d’une arme à feu, d’après « prendre un rat » …un rat s’est logé dans le canon ?  et  que devient-il dans ce ratage?

L’écriture pour moi étant bien autre chose que l’usage d’armes à feu ( quoique…) je laisse le rat, les ratages, et ne m’occupe que de mes ratures.

Par un hasard merveilleux je retrouve un livre que j’avais fort apprécié, qui a du se faire avec tant et tant de ratures… je rêve d’arriver à dégager les formes comme le fait  André Ar Vot dans   » Cent vues de l’enclos des nuages » hommage aux nuages, à la peinture, ( Hokusai et plein d’autres ) à l’écriture . J’y retourne.

Râteau ratures

by florencebenedettigall

Me voici dans un fouillis de feuilles de glycine, extirpant d’un énorme écheveau de mots des fragments à sauver de la mise à feu, ou  d’une autre destruction énergique. Et je pratique la rature, et la rerature, et la rererature  avec le crayon,sur le papier, et la rature est plaisante pour quelqu’un comme moi, car le mot est barré sans être détruit, dans un premier temps, avant sa disparition nécessaire. Bien sûr le travail sur l’écran de l’ordi est bien  différent, l’effacement est si facile…on annule, on absente si facilement  et si vite !

Non, j’en suis à raturer. Et il me plait que le mot « raturer » un peu laborieux viennent du mot latin « radere », qui signifie gratter et raser, tondre. Les mots  » ratisser » et « râteau » ont même origine. Je suis en train de ratisser mon écheveau , désordonné, volubile (tiens, un volubilis est venu se mêler à la glycine, quel  couple ils font !)

Ce travail difficile de rasage, élagage aussi, doit donner à la forme la possibilité de s’affirmer, de sortir du fouillis. Ce travail me plait car il s’inscrit dans le temps, comme une sorte de nettoyage contrôlé, pour un palimpseste possible. Par contre, aucun schéma n’est prévu d’avance.

J’observe aussi que dans mon petit dictionnaire latin « radere » vient juste après « radix », la racine. La rature vient après la racine. Cela me plait bien, cette rencontre alphabétique. Rester près de la racine, et raturer, ou ratisser.

Et ce matin justement le site Pozibao me renvoie à un recueil de Jean Tortel:  Ratures des jours. Je vais y aller, quand j’aurai ratissé les dernières feuilles végétales réelles, qui s’accumulent sous le balcon occupé par ma glycine.

Dorure des jours, dernières  légères touches de l’automne.

un trille sur sa treille

by florencebenedettigall

Je lis ce matin dans l’anthologie permanente de POEZIBAO un très beau texte de Laurent Albarracin , extrait de  » Le Déluge ambigu ».

Un petit extrait pour le plaisir, même si le poème semble être dans  un flux important, dont il est un peu bête de saisir juste un fragment. Fragment de flux,  opération difficile, mais juste saisir un peu de l’ensemble.

 

Oui la beauté est toujours un peu

le poinçon en nous de la tristesse

Qu’est-ce que cet oiseau qui pépie

sinon en effet un pincement épaissi

de la corde du coeur ?

 

L’existence de l’oiseau, précisément l’oiseau la figure

avec son apparence de gros poing délicat

(d’une délicatesse que soulignent ses fines pattes)

serré sur sa branche fragile

avec sa balourdise aussi de vilain point sur un i

ou son air de noeud pompeusement noué

autour du chant qui le traverse

 

 La vie fluente est un mince filet

qui s’écoule et qui retient

ce qui est qui s’enroule

comme un trille sur sa treille 

Laurent Albarracin. 

L’homme qui marche

by florencebenedettigall

Au col des clartés

il enjambe les terres

il va il arpente il ouvre

les passages

 

torrents forêts lignes de crêtes

déserts champs de neige

la marche est souveraine

 

du sol sang premier

il nourrit la cadence

il va il tire après lui

une ombre régulière

aux échos de ses pas

d’autres le suivront

 

au col des clartés

il enjambe les nuages

il va il arpente s’élève

traverse nos rêves

 

de la nuit

il cueille une étoile

et repart.

marche

by florencebenedettigall

L’écriture comme une marche, parfois tranquille, régulière, contrôlée. Je rêve souvent de cette marche ci dans l’usage des mots, bon exercice régulier nourrissant.

Parfois plus ambitieuse, la marche d’approche qui vient après la décision, le choix, la mise en forme. Tranquillement on entre dans la réalisation, on prend le contrôle, le rythme de respiration, et on sait que cela sera long, difficile et décisif. Puis la partie plus ardue, périlleuse, l’abrupt, la fatigue, le temps, tout facteur de combat, dans l’ascension. Après, ce peut être la souffrance, la légèreté facile, la discipline, la ténacité, le sens de la victoire, tant d’états, de sentiments, d’attitudes, vécus selon les acteurs, les conditions et le je ne sais quoi qui anime le simple déplacement de A à B. En ce cas B est là-haut, attirant, lointain, et le rêve de s’en approcher a nourri la préparation.

Ecrire me semble un peu similaire, et je rajoute pour l’une et l’autre des démarches, le découragement, l’abandon, le non-sens qui peut à tout moment envahir douloureusement. On revient au départ du sentier en colère ou épuisé, la cheville foulée et les mots dans un tunnel.

Et puis bien sûr il y a aussi les temps de grâce, le pied allègre, l’air vif, léger, le souffle bien adapté, et l’aisance de la grimpette;  on ne savait pas, c’est incroyable, on voit très loin, le ciel est clair et l’arête toute proche. Les mots , le rythme s’installent dans l’aisance et on ne comprendra pas  pourquoi ce matin là une page s’est écrite, ou une strophe, ou deux vers,  que l’on reconnait comme venant spontanément de très loin en soi, dans une sorte d’accomplissement.

instant

by florencebenedettigall

J’ai dormi

au coeur d’un violoncelle

 

un soir d’orage

m’a oubliée

 

mais sur mes doigts

ouverts

 

des pétales

pour demain