Mots de glycine

mot à mot

by florencebenedettigall

le rythme du temps, des pas, des respirations, des mots entendus, répétés, des mots écrits, lus et relus, des mots usés épuisés effacés, des mots détachés, juste perçus comme signes sonores de notre appartenance à l’espèce, et la nécessité de les utiliser, tels qu’ils sont, dans les limites de leur pouvoir de reconnaissance, juste ici, glissant dans la lumière du matin sur le clavier inutile…

 

Alors le besoin s’impose, recourir aux magiciens. Par besoin de survie, je le fais.

Projetés

Au centre du secret –

 

Au centre du silence

Habité par lui-même,

 

Par la puissance du langage

Pas encore proféré. 

Guillevic,  Présent.

La mélodie de la vie

by florencebenedettigall

 » Et nous sommes comme des fruits. Nous pendons haut à des branches étrangement tortueuses et nous endurons bien des vents. Ce qui est à nous, c’est notre maturité, notre douceur et notre beauté. Mais la force pour ça coule dans un seul tronc depuis une racine qui s’est propagée jusqu’à couvrir des mondes en nous tous. Et si nous voulons témoigner en faveur de cette force, nous devons l’utiliser chacun dans le sens de sa plus grande solitude. Plus il y a de solitaires, plus solennelle, émouvante et puissante est leur communauté.

Le mouvement 39, l’avant dernier de « La mélodie des choses » du jeune Rilke me touche intimement ce jour, la solitude et la communauté, la  « certitude tranquille née de la simple conviction de faire partie d’une mélodie, donc  d’avoir une place déterminée au sein d’une vaste oeuvre où le plus infime vaut exactement  le plus grand.  »

Le texte original me touche plus encore; moi qui connais  à peine la langue allemande  ….la mélodie des choses se fait mieux entendre, et les fruits, et le tronc et les racines de cet arbre sonore.

 

Und wie Früchte sind wir. Hoch hangen wir in seltsam verschlungenen Ästen und viele Winde geschehen uns. Was wir besitzen, das ist unsere Reife und Süsse uns Schönheit. Aber die Kraft dazu strömt in einem Stamm aus einer über Welten hin weit gewordenen Wurzel in uns Alle. Und wenn wir für ihre Macht zeugen wollen, so müssen wir sie jeder brauchen in unserem einsamsten Sinn. Je mehr Einsame, desto feierlicher, ergreifender und mächtiger ist ihre Gemeinsamkeit.

Notizen zur Melodie der Dinge

by florencebenedettigall

Bonheur,  ce texte de Rainer Maria Rilke, qui sait replacer chacun, l’hirondelle, la cascade, les hérons du lac, les voix printanières d’insurrection, et celles de renouveau;  et ma petite voix y trouve sa place, et celles de  tous ceux qui gardent en eux les mots de vie.

 

Que ce soit le chant d’une lame ou bien la voix de la tempête, que ce soit le souffle du soir ou le glissement de la mer, qui t’environne – toujours veille derrière toi une ample mélodie, tissée de mille voix, dans laquelle ton solo n’a sa place que de temps à autre. Savoir à quel moment c’est à toi d’attaquer, voilà le secret de ta solitude : tout comme l’art du vrai commerce c’est:  de la hauteur des mots se laisser choir  dans la mélodie une et commune.

Rainer Maria Rilke « Notes sur la mélodie des choses,   XVI. »

 

Sei es das Singen einer Lampe oder die Stimme des Sturms, sei es das Atmen des Abends oder das Stöhnen des Meeres, das dich umgiebt- immer wacht hinter die eine breite Melodie, aus tausend Stimmen gewoben, in der nur da und dort dein Solo Raum hat. Zu wissen, wann Du einzufallen hast, das ist das Geheimnis deiner Einsamkeit: wie es die Kunst des wahren Verkehres ist: aus den hohen Worten sich fallen lassen in die eine gemeinsame Melodie.

 

Je me surprends à prendre plaisir à lire à voix haute le texte allemand, avec toute l’insuffisance de mes capacités…

PRESENT

by florencebenedettigall

Je retrouve par bonheur le dernier livre de Guillevic  Présent.

 

Mais non, mon hirondelle,

Le monde

N’est pas en train de périr

 

Puisque tu vas pondre.

 

Anvers, 11.06.93

 

 

 

 

 

 

 

 

faire des ronds dans l’eau

by florencebenedettigall

 

 

cercles de plus en plus 

cercles

l’eau respire

 

claires de plus en plus

clairières

le ciel ouvre

 

orbe de plus en plus

accord

l’ombre se noie

 

demeure la pierre

l’oeil respire

 

la mineur

 

dans  l’imprégnation de la cloche en la, et des cercles glissant les uns sur les autres dans une grande transparence… le Cantus à la mémoire de Benjamin Britten d’ Arvo Pärt, si bien interprété par l’Orchestre des Pays de Savoie, à Gaillard il y a deux semaines.

ils arrivent

by florencebenedettigall

Bien sûr que c’est dérisoire d’être là, à guetter le ciel, alors que sur terre, le poids des évènements,  le poids des passés tortueux, le poids des futurs difficiles semblent si importants …. et je  murmure,  je siffle, je chantonne et maintiens qu’heureusement il y a les gardiens des buissons, des écorces, des glycines,  des abeilles, des euphorbes, des peuples entre ciel et terre…  Jacques Moulin,  entre autres, avec un si grand bonheur, nous relie aux oiseaux de nos lieux ci. Difficile de choisir  parmi ses textes d’air et d’espace qui se répondent les uns les autres comme oiseaux se croisant dans le ciel.

 

Fin avril

Martinets

Tissent rets

Sans un fil

 

Ciel de cils

Cris en traits

Fin avril

martinets

 

C’est leur style

Coup de fouet

Qui défait

Chaque ville

Fin avril

Très beau livre   » A vol d’oiseaux » de Jacques Moulin, avec des dessins d’Ann Loubert, édité par L’Atelier contemporain.

 

Ricochets

by florencebenedettigall

L’eau est calme, miroir tentant, page à écrire, et vlan, on ne peut résister au geste, on se baisse naturellement, on choisit un gravier, un caillou, une fine pierre plate, et selon le gravier caillou ou la pierre,  on jette à l’eau avec intensité et plaisir, à défaut de soi même, le petit objet naturel  projet projectile, et on attend parfois une miette de temps, et c’est  spectacle transformation rapide du tableau de base et de soi même, parfois plus de temps, le temps d’un ricochet sur l’eau peut aller jusqu’à 30 années. Oui, ricochet de Graviers, ricochet de mots de vie qui saisissent le lanceur de graviers , car il avait quitté depuis longtemps le bord de cette rivière, et ne se souvient même plus si les pierres servant pour ces ricochets possible étaient des schistes, des basaltes ou des calcaires blanchâtres. Mais dans le bonheur de ces ricochets aléatoires, il se réjouit, et reprend de plus belle le jeu des pierres et de l’eau, le jeu des mots jetés à l’eau, et qui veut les récupère, les garde dans sa poche ou ailleurs, ou les envoie sur une autre rivière, un autre lac, une banale flaque d’un chemin détrempé.  Il y aura encore longtemps des miroirs d’eaux, de mots et de mirages.

C’est le début des larigots

by florencebenedettigall

Oui, » à tire-larigot » était venu dans mon petit texte de printemps ; j’aurais pu faire venir  » à tue-tête » , » à qui mieux mieux » ou juste « en choeur ».Mais non, « tire-larigot », avec ces voyelles enfantines, contrastées, claires … et les associations tire-lire, laridondaine, faridonda, et larirette et larigot.

Larigot, étymologie incertaine, emplois anciens.Christine de Pisan écrit en 1403:

« Larigot va larigot,

Mari tu ne m’aimes mie . »

Et François Rabelais parle de « boire à tire-larigot » ; cet emploi est bien resté.

Un larigot serait une flûte (instrument de musique, ou contenant de breuvage ?) Un jeu d’orgue en garde le nom. J’entends bien: l’organiste tire d’un coup ce jeu, et démarrent tous les oiseaux dans les aigus, avec l’élan de la lumière. Comme d’un coup on flûte le champagne, ou on le siffle, selon.

C’est le début des larigots, des chants d’oiseaux, des flûtes de toutes sortes, et l’entrain, l’avidité partagée s’associent pour moi à cette vieille expression. Le printemps, en somme.

Il fallait la finesse d’une oreille galloise pour me faire remarquer la saveur de ce vieux terme. Et si ce sont des  gallois qui nous font apprécier notre langue, c’est la fin des zaricots.

printemps

by florencebenedettigall

Petit haïku :

 

Equilibre du printemps

les oiseaux chantent à tire larigot

j’en reste sans voix

 

Des voix dans tous les sens car c’est le printemps des poètes, et ça chante, ça déclame, ça fredonne, ça confie, ça résonne, ça renvoie, ça vibre haut et fort, ça s’insurrectionne (quel horrible mot ) et c’est bon, cette  explosion de vie, de créations, de mots . Je m’y associe, aphone, et je pars voir le premier amandier fleuri dans les vignes du coteau voisin.

neigeons encore

by florencebenedettigall

Alors qu’ici la neige est devenue  matière durcie gelée, fondant sournoisement dans la journée et se redurcissanr au soir, je relis et termine le texte de Lorand Gaspar, d’une matière légère, les mots sont à peine matière, subtile musique vers un état autre. C’est la troisième variation de NUITS ET NEIGES :

 

flocons, pétales, duvets

d’un être là indivis

irriguant cailloux et fugues

roses rouges sur les joues

de l’enfant seul à l’écoute

des pas feutrés dans la nuit

du blanc sur blanc sur la terre_