Mots de glycine

Calligraphie

by florencebenedettigall

Dans la surcharge généreuse de couleurs de ce lieu en pleine vie (les jaunes, les mauves, les bleus les verts les uns contre les autres en amas débordants )

je muris je retrace

je refais la calligraphie première

de mon tronc de ses branches

mots de futurs possibles mots de résistance

et je pose des petites touches gris- beige -mauve

pour annoncer la naissance

de la bien aimée

j’attends

maintenant

soleil

un futur léger se prépare.

le jour suivant

by florencebenedettigall

Dans le grand calme de l’humanité confinée, je jubile d’entendre et de voir mon petit compagnon de vie. Il n’arrête pas: du cytise à la clématite, de la clématite au jeune acacia, d’ici, de là, vas-y, va là-bas, allers-retours, ses changements de direction, sa célérité son rythme me fascinent.

Leopardi l’exprime si bien dans son « Eloge des oiseaux » :

Les oiseaux changent constamment de place ; ils vont et viennent sans nécessité ; ils volent par plaisir et, parfois, se retrouvant à plusieurs centaines de milles des pays qu’ils fréquentent habituellement, ils y reviennent le soir. Dans le court moment où ils restent en un même lieu, leur corps ne cesse de s’agiter ; s’affairant ici et là, toujours à virer, se pencher, s’étirer, s’ébrouer, sautiller avec une aisance, une agilité, une prestesse indicibles. En somme, depuis l’instant où l’oiseau sort de l’oeuf, jusqu’à l’heure de sa mort, à part ses périodes de sommeil, il ne s’arrête jamais. Il semble donc possible d’affirmer que, si l’état naturel des autres animaux, y compris l’homme, est le repos, celui des oiseaux est le mouvement.

Moi, installée solidement contre cette maison, je me prends à me retenir, fascinée par cette vitalité vibrante . Ma vie, elle est dans l’enracinement, source vitale et assurance. Ainsi se préparent d’autres vies.

mercredi 25 mars

by florencebenedettigall

Annonciation, dit le calendrier.

J’annonce, tu annonces, elle annonce, nous proclamons, vous vous écriez, ils hurlent !

Quoi?

Quels mots pour nos lendemains? un seul : printemps.

Oui printemps, printemps, premier temps de l’année.

Sous mon treillis de branches en pleine gestation, les lunaires, le romarin, les boutons d’or, les muscaris, les véroniques annoncent, par leurs couleurs, par les dessins divers de leurs fleurs, annoncent la richesse incroyable du mouvement de vie et de création.
Et les humains n’en reviennent pas, donnant parfois moult noms à une même plante ordinaire.

Oui, la monnaie du pape, c’est la lunaire, lunaria annua, et c’est médaille de Judas (où est la trahison?) et c’est herbe aux écus, et c’est fleur de satin blanc. Ses fruits et graines font rêver les humains de richesse et de luxe ; pourtant, ses fleurs simples et toniques avec leur quatre pétales en croix, se détachant de feuilles harmonieuses, chantent, pourpres à l’unisson .

Annonciation.

Il arrive, va, vient, vole, il repart, file vers la clématite, ma voisine, en plein travail elle aussi. C’est mon compagnon habituel, qui sûrement se réjouit, libre et heureux de ce temps généreux.

Son pépiement , dans le grand silence des humains confinés, annonce bonne vie à notre monde.

Journal 23 mars 2020

by florencebenedettigall

J’ouvre mon journal, tant de pages blanches, tant de possibles, tant de signes à apporter de vies et de passages …
Cette nuit, et ce matin encore souffle une bise assez rude et sèche
Les gousses sèches suspendues s’agitent nerveusement . Si seulement elles produisaient une musique pour aider le monde à vivre le changement … Certaines que le soleil des derniers jours avait fait exploser, gisent sur l’herbe, tordues, ouvertes et les pastilles sombres ont été disséminées selon la loi de vie.

Selon cette même loi, douces formes nouvelles, petits ovales doux et tendres de deux ou trois centimètres, vert- beige, d’un vert à l’attache, qui cherche déjà à fabriquer son futur mauve .

Ces cocons ovales ont parfois des imitateurs, des disciples, qui essaient de fabriquer ces verts brouillés de gris, de beige, de futur mauve. Ils essaient, appliqués, comme si par leurs pinceaux se réalisait le lien qu’ils ont avec nous, dans l’admiration et parfois même la communion..

Je crois qu’ils ont vraiment besoin de nous. Leur situation semble difficile . J’espère que dans la journée, le soleil et les insectes revenus, abeilles, mouches et papillons sauront voler sous leur regard et leur parler de vie.

journal d'une glycine

by florencebenedettigall

Libre je ne m’étais pas encore contrainte à l’exercice journalier, mais en ce temps bien étrange, je sens que, moi, la glycine de Florence, je suis un journal quotidien. Et je vais faire l’effort de le dire avec des mots. ..naturellement mon existence seule en est un, mais en ce tempsbienétrange , moi la glycine, ni confinée, ni en guerre je vais m’astreindre à écrire mon quotidien, pour tenir Florence, ma servante naïve. en ce tempsbienétrange.

cadeau de valeur

by florencebenedettigall

Poezibao nous fait ce matin un si beau cadeau: un quatrain d’Omar Khayyam :

Si je pouvais l’écrire en arabe … le voici en anglais et en français:

Come, fill the Cup, and in the Fire of Spring

The Winter Garment of Repentance fling;

The Bird of Time has but a little way

To fly _ and Lo ! The Bird is on the Wing

et traduit en français par Charles Grolleau :

Viens, remplis la coupe, et dans le feu du Printemps

Jette le manteau d’hiver du Repentir :

L’oiseau du Temps n’a qu’un faible espace

Pour son vol …et vois ! déjà l’oiseau ouvre ses ailes.

Rythmes

by florencebenedettigall

Vie ralentie vie

intense résonances

battements continus

du coeur doux battements

s’envolent les colombes

s’ouvre respire le ciel

se posent les colombes

et le monde se repose

vient un souffle d’ailleurs

nous oublions les peurs

vient un souffle d’ailleurs

respirent les herbes d’ici.

Demain II

by florencebenedettigall

M’arrive de l’amie Marlise Benoit ce texte précieux:

Demain nous ouvrirons nos poings

crispés sur nos rancoeurs et nos haines,

Nous éteindrons les flammes

Des villes incendiées,

Nous embrasserons la terre nourricière,

Nous parlerons aux bêtes,

Aux arbres, aux fleurs,

Nous chevaucherons les nuages et le vent,

Nous irons cueillir les étoiles,

Mais demain, demain,

Arrêterons-nous

La roue du temps ?

Parenthèse du banc

by florencebenedettigall

Sous mon tilleul généreux je me sens bien, j’attends, offrant à qui la veut la courbe usée du repos.

L’une arrive, comme dans l’urgence, laisse à terre deux grands sacs, s’installe, détendue, tête relâchée en arrière, jambes écartées, yeux mi-clos. Je lui offre une détente de rêve. je suis heureux pour elle.

Peu après, s’approche discrètement un autre promeneur. Il s’assoit tout au bord, sort de sa poche un livre, et entre en douceur dans les pages, les lignes et les mots.

Je les laisse tranquilles, dans le parfum de mon arbre, heureux de leur offrir un temps de grâce.

Soudain surgit mon ami, le merle bleu, il va, vient et repasse. La dame ouvre des yeux étonnés, joyeux l’homme sort la tête de son livre, et sourit à l’oiseau.

Je suis si heureux de les accueillir, malgré l’usure de mes lattes vieillies. Sous mon tilleul protecteur, le temps est bienheureux, riche d’une douceur vivante.

demain

by florencebenedettigall

demain

l’air sera plus léger

la douleur plus friable

demain

les coups s’atténueront

les cris seront des chants

des deux mains ouvertes

s’envoleront

les colombes

demain

prochaine respiration

le ciel pourra s’ouvrir