Mots de glycine

Histoire de livres

by florencebenedettigall

C’est merveille, ce coffre à trésor trouvé ce matin dans ma boite à lettres. Je le regarde avec appréhension, son écorce vibre de mots merveilleux, je retarde le moment de l’ouvrir, en caressant les lettres magiques incrustées dans sa peau.

Je me décide à soulever le couvercle, et c’est folie : ça chuchote, ça chante, ça crie, cent voix se mêlent, un rire ivre vibre, mille lyres partent en vrilles, en un enchevêtrement dément, tout s’agite et crie et s’arrête et reprend et chante et enchante. C’est délirant.

Chut ! Chut ! Trop, ça vibre trop, trop de signes, trop de sons, trop de lignes, trop de mots, écrasée je résiste et tente de rabattre le couvercle de la boite magique. Des mots s’agglutinent, s’échappent, les pages se tournent en folie, enfin j’arrive à refermer le trésor, et reprends mon souffle dans un silence généreux. Comblée, je vais ranger à la verticale le coffre magique, entre deux autres de ses frères. Et je m’endors épuisée.

En mon sommeil heureux, je file vers mes étagères emplies de tant et tant de livres, saisis dans la clarté un livre attirant de blancheur. Il s’ouvre lui-même dans le silence des possibles, et je tourne page après page, suivant ligne après ligne, les mots transparents du silence : j’inspire, tourne la page, j’expire reste un temps, j’inspire, son de présence, j’expire, éclat de lumière. Et cela sans limite.

Au réveil je me retrouve devant ma bibliothèque que je dois aujourd’hui dépoussiérer.

Histoire de vivre.

Avec lui encore

by florencebenedettigall

Je me régale à picorer au hasard dans les merveilles de Lorand Gaspar.

Un extrait de Nuits:

Comme si la main d’un enfant

tenait ouvert l’espace

dessinant sans relâche

une éclosion d’envols

source vive d’oiseaux

que les yeux adultes égarent _

et un peu plus loin sur le chemin :

quoi résonne sous les arches du vol

qu’on ne peut entendre ni voir ?

le désir, peut-être, d’y être uni _

comprendre vraiment ce qu’est être ici

nuage, martinet, homme ou caillou _

c’est ainsi dans les moments les plus simples

que le dire s’enracine en son vivre _

Je détache maladroitement des bribes de ce poème magnifique Nuits, et j ai bonheur à le.

Avec Lorand Gaspar

by florencebenedettigall

Je relis des textes magnifiques de Lorand Gaspar; J’y entre comme si c’était mon pays de toujours :

«  dans le grand silence gris où mûrit l’aube

le « tsiou » très haut longuement étiré

(juché sur un barreau de la fenêtre )

d’un merle de l’année qui cherche infatigable

la voix vraiment sienne dans le concert _

tiré de La maison près de la mer.

Et plus loin dans Nuits:

La brume de l’hiver enveloppe

le monde visible on ne voit

ni griffes ni rouge rosée

sur la peau écorchée des corps

à peine un renflement des gris

duveteux rappelle la fureur

des dents et des nerfs au combat

et la très vieille douleur

où l’esprit creuse sans relache

à la rencontre d’une eau vive …

Je repars avec joie du partage dans la lecture de ce recueil:

Patmos et autres poèmes.

les mots troubles et magiques

by florencebenedettigall

Certains mots nous fascinent par leur multiple pouvoir et semblent en cela intarissables. Ce fut le cas de mon cher « AILLEURS  » qui entraîna rêves et inquiétudes, et sa magie est évidente.

Me viennent ainsi quelques autres: FALAISE DEPART INSPIRE/EXPIRE et d’autres et d’autres encore. Ce sont des mots ordinaires mais qui, comme des chemins anciens à travers collines et forêts, portent bien des voyageurs. Ils parlent de vie et de mort, ils parlent de marche et d’envie de vivre, d’appréhension du futur, d’approche de l’arrivée, ou d’un autre départ.

Ils me tiennent, me donnent envie de les sucer, comme cailloux dans la bouche ….mots cailloux du chemin. Je continue avec eux. Ils peuvent donner énergie de vie, ou désir de faire une pause, ou de reprendre le chemin.

Je les remercie de me parler.

Ailleurs

by florencebenedettigall

C’est

une terre où la respiration est autre

toute proche

et lointaine

bien au large

mais en moi

toujours possible vivante ouverte

Quand l’ici m’étouffe me réduit

en une boule de négations

à jeter au loin

ou enfouir en terre usée

alors Arbre mon Arbre

inscrit dans le ciel

une voie étrange

dangers et anges

peurs et bonheurs

chants de sirène

mots d’outre vie

Alors je le sais

il faut il faut que j’aille

confiante

vers une mer

un désert

une forêt étrange peut-être

y vibre une musique bien différente

qui s’inscrira en mon corps usé

le fera danser peut-être

avec d’autres voyageurs

Un vent chargé d’inconnu

m’y convie

Oui c’est bien tôt l’heure

il faut que j’y aille

à tout bientôt

j’ai laissé un message

sur mon téléphone

pour vous que j’aime

ailleurs.

Juste avant

by florencebenedettigall

Comment dire peindre fixer

l’instant intense

premier

l’émotion quotidienne

L’opacité disparait

la nuit se dissout

en une transparence fantôme

sans le moindre son mouvement éclat

un vide lumineux s’installe

émotion première

et l’envie intense

de se dissoudre

en cet instant

de disparaître

enfin

dentelle légère

seconde d’exception

se dissolvent les ombres et formes

nocturnes

s’installe la blancheur

se révèlent alors formes lumières toutes reliées

au point premier

et peu à peu couleurs coulées naissances

recréant chaque jour le monde

le même mais différent

matin

matin du monde

Un deux trois

by florencebenedettigall

Chaque matin l’enfant cueille une feuille de vie

puis part sur le chemin en comptant jusqu’à mille.

Chaque enfant effeuille le matin de sa vie

puis rejoint tous ses frères dans le jardin.

Chaque feuille raconte les matins de l’enfant

chaque racine nourrit généreusement sa vie.

Et néanmoins

by florencebenedettigall

Je rme retrouve sans le chercher dans le texte de Philippe Jaccottet. Rouge-Gorge, tiré de ET, NEANMOINS .

« Les soirs d’hiver, qui s’enflamment presque tendrement, comme une joue, tannique dans les hauteurs, le ciel atteint la plus vive transparence : tout près de n’être plus rien, puisque’ à travers lui on ne voit pas autre chose; et pourtant ... »

Après une fois encore remonté mon chemin de terre tranquille, marché régulièrement dans la lumière de janvier, minuscule piétonne, entre Le Granier, et L’Arclusaz, je retrouve ce texte, et me régale, de la terre, des arbres en hiver et de la vie discrète de certains.

« Travaillant au jardin, je vois soudain, à deux pas, un rouge-gorge ; on dirait qu’il veut vous parler, au moins vous tenir compagnie ; minuscule piéton, victime toute désignée des chats. Comment montrer la couleur de sa gorge ? Couleur moins proche du rose, ou du pourpre, ou du rouge sang, que du rouge brique ; si ce mot n’évoquait une idée de mur, de pierre même, un bruit de pierre cassante, qu’il faut oublier au profit de ce qu’il évoquerait aussi de feu apprivoisé, de reflet du feu ; couleur que l’on dirait comme amicale, sans plus rien de ce que le rouge peut avoir de brûlant, de cruel, de guerrier ou de triomphant. L’oiseau porte dans son plumage, qui est couleur de la terre sur laquelle il aime tant à marcher, cette sorte de foulard couleur de feu apprivoisé, couleur de ciel au couchant . Ce n’est presque rien, comme cet oiseau n’est presque rien, et cet instant, et ces tâches, et ces paroles . A peine une braise qui sautillerait, ou un petit porte-drapeau, messager sans vrai message : l’étrangeté insondable des couleurs. Cela ne pèserait presque rien, même dans une main d’enfant.

Cependant vous parvient aux oreilles, par intermittence, le bruit discret, comme prudent, des dernières feuilles du figuier ; celui, plus ample mais plus lointain, des hauts platanes d’un parc ; c’est la rumeur du vent invisible, le bruit de l’invisible. A l’abri duquel le rouge-gorge et moi vaquons à nos besognes. Lui, le porte-lanterne, l’imprudent, si rôde un chat. »

Le texte- merveille se poursuit avec un bonheur d’écriture, de peinture, tout humble et respectueux de l »oiseau-piéton .J’espère le retrouver demain.

Antonio Machado

by florencebenedettigall

Je retrouve avec bonheur son très beau texte dans lequel je me sens si bien …

Jamais je n’ai cherché la gloire

Ni voulu dans la mémoire

des hommes

Laisser mes chansons

Mais j’aime les mondes subtils

Aériens et délicats

Comme des bulles de savon

J’aime les voir s’envoler

Se colorer de soleil et de pourpre,

Voler sous le ciel bleu, subitement trembler,

Puis s’éclater.

A demander ce que tu sais

Tu ne dois pas perdre ton temps

Et à des questions sans réponse

Qui donc pourrait te répondre ?

Chantez en coeur avec moi:

Savoir ? Nous ne savons rien

Venus d’une mer de mystère

Vers une mer inconnue nous allons

Et entre les deux mystères

Règne la grave énigme

Une clef inconnue ferme les trois coffres

Le savant n’enseigne rien, lumière n’éclaire pas

Que disent les mots ?

Et que dit l’eau du rocher ?

RIRE

by florencebenedettigall

Soleil

ris pour moi

file en éclats contagieux

ris, rigole, inonde

l’univers de ta vitalité

généreuse

Moi, j’en peux plus

je me tiens les côtes

je me tords

je hoquète je bave j’urine

mes yeux s’agitent déments

pleurent

de rire j’éclate

je me pâme

je crève

je meurs

sans avoir pu articuler un mot

une pensée une dernière

rien

hi hi hi

folle à lier contagieuse

autour de moi tous y passent

sous la cape, sous leur barbe,

tordus épuisés

à bout de souffle eux aussi

ouh ouh ouh

Soleil je t’en prie

ris pour moi

ris de moi

ris avec nous

même si,

pauvres escargots

pauvres papillons

pauvres boutons d’or

pauvres cactus,

même si

le rire est le propre de l’homme.