Mots de glycine

clefs

by florencebenedettigall

Où ai-je mis

mes clefs ?

clef du jardin

clef du trésor

clef du cachot

clef du secret

où ai-je donc

mis mes clefs ?

clef de ma vie

clef de l’enfance

clef du silence

clef des champs

mais où ai-je où ai-je

mes clefs mis

clef d’ma voiture

clef d’mon cerveau

clef de l’Amour

clef de la mare

diable où neige

fa ou sol

mis mes clefs ?

vaines serrures

songes perdus

dehors dedans

dedans dehors

avec la clef du trousseau

Et comment demain ferai-je

comment

sous la porte mettre la

clef

comment?

Fenêtre

by florencebenedettigall

Tu ouvres la vie

éclaires l’ici et l’ailleurs

fais naître gracieusement

un film toujours changeant

de l’autre monde

la glycine les toits le bois le ciel

Ouverte tu me tiens

ici et là

cadres mes rêves de fuite

fermée tu me protèges

des vents des grèles des tornades

des ombres angoissantes

les jours lumineux

je te fais exploser dans le soleil

je te traverse en riant

allers retours mêlés

monde ouvert

où je baigne ma petite vie

et les jours sombres

tu tires un voile

tu me retiens me confortes

dans les reflets les lumières

à l’abri

Lucarne fenestrou hublot ou grande baie

tu m’ouvres

me fais respirer

feu de naissance

fenêtre

paupières de la vie.

Une ombre oubliée

by florencebenedettigall

Je retrouve des mots d’ombre, et ne veux pas les effacer.

Ombre

J’aime y plonger

tout délicatement

des mots y dorment

des chants

des fragments de rêves mêlés

en légèreté confuse

j’aime y vivre

à l’abri oubliée

dans mon silence

sachant qu’ailleurs

vibrent toutes lumières

que j’évite

par peur d’être brûlée

J’aime en sortir

toucher la ligne de démarcation

ou la zone de transition

la bande- vie

où les réalités se dédoublent

et le mot même m’enchante

ombre

il résonne vibre

dans des basses attirantes

et rejoins la famille sombre

des lointains obscurs.

Verger II

by florencebenedettigall

Si j’étais peintre,

j’essaierais de fixer les formes pleines des arbres

riches de fleurs, de fruits, fines taches circulaires,

les couleurs vivantes, tous les verts, et les blancs, et les jaunes,

se fondant en traînées d’herbes et de pinceaux,

et l’été des rougeoiemnts, pêches et prunes, coings et pommes vibrantes,

jusqu’au demi effacement quand arrivent les neiges.

Si j’étais musicienne,

je tenterais de reprendre le bourdonnement des insectes,

les pépiements et bavardages des oiseaux,

les souffles du vent dans les feuillages, simple respiration ou violence première,

les silences d’été suffocant,

la respiration des racines premières.

Si j’étais créatrice de parfums,

la fraîcheur acide du printemps,

la douceur fermentée des fruits d’été,

et l’automne nostalgique,

yeux fermés, tout serait à restituer,

non, à libérer, dans un retour au monde intact.

Verger

mot trésor, mot magique,

capable de faire surgir

tant de beautés premières,

_ et quel fut le premier du monde ?

je laisse le soleil d’automne jouer un temps sur les joyaux du mot.

Et je cherche dans mon dictionnaire de base la définition.

Verger:  » terrain planté d’arbres fruitiers « 

définition bien basique:

quatre mots simples chargés de vie,

terre plante arbre fruit.

Verger.

Verger I

by florencebenedettigall

Certains mots sont des coffres à trésors.

Je les cache dans ma cave, les extirpe à l’occasion, en vois jaillir ors et diamants, les regarde absorbée, puis les referme précautionneusement.

Verger

Verger

Je n’ose l’ouvrir, si forte l’odeur de terre, de feuilles et de fruits.

Je le porte dehors, contre le vieux pommier.

Ca y est, couvercle mi-ouvert,

j’y plonge les yeux et l’âme.

Une flèche m’indique la direction,

la couleur m’envahit avec délices,

la matière dans le soleil me fascine,

et je lève la coupe pleine d’un vin enivrant.

Le conte me caresse les orteils de sa pantoufle voluptueuse, la baguette se tend, sexe ou plante,

je jouis dans les verges d’or de mon jardin, humbles et précieuses.

Et l’air circule léger dans le coffre ouvert …air…air…air

je respire.

Soudain un jet de mots, un jet d’images, de cris, de mouvements, c’est l’oiseau

qui arrive prés de moi, tenant en son bec un éclat de sombre lignite.

Coffre à trésors, je jubile,

et me mets à chanter les deux syllabes simples et précieuses, l’une ouverte, l’autre fermée, comme

deux lettres fondatrices R G R G R G

Je replace tranquillement tous les trésors

dans le mot,

je referme avec soin,

et je souffle, comblée.

Le vieux pommier me tient

serrée au monde.

Le merle

by florencebenedettigall

Je retrouve  » Ma maison près de la mer « de Lorand Gaspar, et j’en extrais ces vers heureux :

«  le bruit de l’eau qui roule dans les pierres

sons brodés par nuit calme sur la mer

ces langues que j’ignore et qui me parlent

j’ai sur ma table à portée de main

des cailloux longuement travaillés par la mer

les toucher, c’est comme si les doigts

pouvaient éclairer la pensée _

dans le grand silence gris où mûrit l’aube

le « tsiou » très haut longuement étiré

(juché sur un barreau de la fenêtre )

d’un merle de l’année qui cherche infatigable

la voix vraiment sienne dans le concert _

MUE

by florencebenedettigall

Je rêve d’une alchimie en moi

les cris les chaos les chants d’angoisse écrasés les jets de peur les « au secours » tous les mots destructeurs les silences coupant le vide

tous ces fatras immondes

sanglants

jetés tous jetés

dans un des gouffres de la terre

enfermés sous un couvercle de roches et de sables

abandonnés

les miens ceux des autres

en vrac bloqués

dans un temps de métamorphoses

je rêve d’une alchimie en moi

dans le repos du temps

les écouter au coeur de la terre

lointains mouvements

lointains

échos

peu à peu mutés

peu à peu murmurant

peu à peu respirant

un ruisseau file dans les herbes hautes

murmure

un léger souffle joue dans le peuplier

murmure

une délicate pluie glisse sur la terrasse

murmure

la nuit frissonne en douceur

murmure

et résonnent en moi

des reflets de vie

mue

mue des lettres et des sons

alchimie

mots de survie

les mots

by florencebenedettigall

les mots écrits comme ultime survie

restes sur la plage de mouvements naturels incontrôlables

coquilles vidées par le temps.

s

en s’en allant

by florencebenedettigall

En s’en allant, il nous laisse des merveilles…j’ai envie d’ en glaner ici quelques unes .

Tirés de « Nuits » ( Patmos et autres poèmes ), cette vague de mots et d’image:

Comme si la main d’un enfant

tenait ouvert l’espace

dessinant sans relâche

une éclosion d’envols

source vive d’oiseaux

que les yeux adultes égarent _

Il s’en est allé

by florencebenedettigall

J’apprends la mort de Lorand Gaspar, ce merveilleux poète qui si souvent m’a ramenée à l’écriture.

Je relis ses mots:

« Un chant s’étire indéfiniment dans le soir, chemine dans le dos, sa clarté fait froid.

Il va droit dans le noir du sang.

Non, surtout ne pas allumer, laisser les mains trouver le grain, les touches blanches et noires, les sons qui les allument.

Dans toute cette rigueur, tes doigts éperdus de tâtonnements.

Maintenant que tu as touché le fer, te reste-t-il une larme ? »

tiré de Egée Judée poésie/Gallimard