Mots de glycine

Approche du silence

by florencebenedettigall

Les mots s’effritent

les mots s’enfouissent dans les sables instables

les mots attendent peut-être la marée pour

réapparaître vibrants luisants

dans la lumière du présent

puis ils repartent tous

usés par tous

imprégnés de vide

décolorés de maladies

de vertiges

de morts diverses

quelques uns restent vidés

sur le rivage

puant de peur

rendus

au néant peu à peu

muets

avec le vent

ils se réduisent

s’effritent

dans un fracas d’écume

disparaissent sans chanson

en riens perdus

en silences insensés

les autres ont été repris

remis en des vies

de terres et de mers

et suivent la marée

de par ici.

Qui pourra les capter

Qui les chantera

avant l’effacement ?

Le Hasard

by florencebenedettigall

Je tombe par hasard sur ce si beau texte d’Andrée Chedid:

Le Hasard

Ne cesse de ramener

Vers nos rivages

Quelques merveilles

Que nous n’avions pas cueillies

Quelques malheurs

Que nous n’avions pas ourdis

Surgi des ténèbres

Ou de l’éclair

Le Hasard

Pose tantôt son aile

Sur notre épaule

Tantôt ses griffes

Dans la chair

De nos vies.

Je lègue

by florencebenedettigall

Une amie, partie maintenant m’avait légué, ce texte de Vieira Da Siva. Je jubile en le tapant sur mon clavier d’ordi, me glissant dans un monde intense de couleurs.

Je lègue à mes amis

un bleu céruléen pour voler haut

un bleu de cobalt pour le bonheur

un bleu d’outremer pour stimuler l’esprit

un vermillon pour faire circuler le sang allégrement

un vert mousse pour apaiser les soifs

un jaune d’or : richesse

un violet de cobalt pour la rêverie

une garance qui fait entendre le violoncelle

un jaune barité: science fiction, brillance, éclat

un ocre jaune pour accepter la terre

un vert Véronèse pour la mémoire des printemps

un indigo pour pouvoir accorder l’esprit à l’orage

un orange pour exercer la vue d’un citronnier au loin

un jaune citron pour la grâce

un blanc pour la pureté

terre de sienne naturelle: transmutation de l’or

un noir somptueux pour voir Titien

une terre d’ombre pour mieux accepter la mélancolie noire

une terre de Sienne brûlée pour le sentiment de la durée .

Vieira Da Silva.

Encres

by florencebenedettigall

En moi

coule une rivière

de sang

glissant en tout lieu intime

de mon être

son envie de vivre

En moi

coule une rivière

de lumière

reflets éclats

en une respiration solaire

qui me relie à d’autres cieux

En moi

coule une rivière

d’encres folles

transmettant dans l’urgence

les désirs les essais les rêves

les échecs les silences

je l’absorbe et m’étire

et sans que je les appelle

sortent de mes doigts irrigués

des lettres des syllabes des mots

et la rivière s’étale en formes étranges

sans que je la retienne

vivante dans ses dessins fous.

En moi

coule une rivière

de sang, de lumière, d’encres.

Que n’ai-je …

by florencebenedettigall

Que n’ai-je un nid

pour m’y lover

m’endormir

duvet neigeux

refuge premier

doucement recroquevillée

entre deux signes apaisants

une bonne arche gardienne des passages

un espace de douceur

refermé sur moi

mais tirant la verticale vers le ciel

pour une respiration confiante

n (i) d

repliée paupières closes

j’y rêve d’un monde

délicatement offert

blancheur dormante

blancheur en silence

envahissante

neige neige

que n’ai-je ce nid

pour m’y retrouver m’endormir

et revivre

peut-être.

Soudain

by florencebenedettigall

Tout dort

ombres et pénombre

le monde s’éteint

vers le silence

soudain

au loin là-bas

légère furtive

fine si fine

vibre une lueur

et tinte subtile

dans le ciel ouvert

lors

peu à peu

surgissent

des ailes et des ailes

des voix des pensées

des chants des lumières

choeur vibrant

sous la voûte embrasée

ciel de résonances

libres

Alors je danse !

Ce fut l’étincelle.

Peindre

by florencebenedettigall

Peindre le vent

peindre le sang

peindre l’iris

peindre une esquisse

peindre l’océan

peindre le mouvement

peindre le port

peindre la mort

peindre un malaise

peindre la falaise

peindre la pluie

peindre la vie

peindre le soir

peindre l’espoir

peindre l’étang

peindre le temps

avec des mots des sons des couleurs des crayons, avec des rythmes des pinceaux des plumes du désir

par nécessité plaisir, par jeu,

pour continuer à respirer,

oui,

inspirer l’air de la vie,

en laisser l’empreinte,

simple empreinte,

même infime,

peinte, sur l’écorce de notre vie.

inspiration

peindre

expiration.

Ombres

by florencebenedettigall

Voici d’autres ombres précieuses, écrites par Marlise Benoit :

Ombre, belle ombre

Fais voile vers nous

Et nous protège

Des morsures du soleil

Qui boit les sucs et les sèves,

Tarit les sources,

Laissant exsangues

Prairies, jardins et bois.

Abrite nous du féroce été

Qui boit la mer immense.

Ombre, belle ombre,

Sur les errants et les égarés

Etends ton aile protectrice

Fais-toi abri,

Fais-toi refuge.

Ombre

Mon ombre me précède

Ou me suit.

Ombre fidèle,

Tu m’accompagnes

Et m’exaspères

A me coller ainsi,

A me singer,

A contrefaire mes moindres pas.

Pourtant, je suis ton double,

Je n’existe pas sans toi !

Sombre,

Ombre, compagne de la nuit,

Tu engendres

Les spectres de la peur,

Toi, l’envers obscur

De toutes choses,

La substance même du vide,

Le noir néant.

Dans ma maison

Rodent des ombres,

L’ombre des rêves secrets,

L’ombre des mots non-dits.

Et vraiment quelle ombre portent les mots? quelle fraîcheur, quels rêves nous donnent-ils? ?

Ombres

by florencebenedettigall

Avec une foi intense

j’entre dans la forêt

de la Pénombre

Je plonge vite

au coeur de longs silences

ni couleur ni éclat

ni reflet ni apparence

une réalité dense

libre

Je m’enracine dans les ténèbres

et peu à peu sombre

par delà couleurs lumières

volumes et apparences

peurs et attachements

enfin disparue

fondue dans les ombres d’autre vie..

Plus loin là-bas peut-être

plus loin en vie, souriante,

une CLAIRIERE.

J’y vais j’y vole.

Autres vagues

by florencebenedettigall

D’autres vagues arrivent, dominantes, écrasantes dans leur beauté:

Vagues

Marée haute ou marée basse

La vie déferle,

M’étreint, me submerge,

Me noie.

Corvette ailée,

Je divague et chevauche

L’orage et le vent

A la dérive au fil de l’eau,

Je flotte sur la vague

Pour m’effondrer

Brisée sur les écueils.

Le temps arrache,

Le temps emporte,

Naufrage et renaissance.

Poème de Marlise Benoit.