Mots de glycine

Je divague

by florencebenedettigall

D’ici

je les entends la nuit

rythme premier traversant les terres

chaque fois différentes

chaque fois presque les mêmes

légères violentes

discrètes fracassantes

à nouveau encore une

douces à mourir intenses à renaître

j’entends leurs chants leurs mots

intarissables et je suis je vibre

dans la respiration première

le rythme même les battements la vie,

et sur ma plage ouverte

je trace de larges courbes

semblables et coulantes

waves waves welle

vague vagues ola

unaola ondata

una ola fragente

glissante brisante vague

éclaboussante éblouissante

vague ondoyante fracassante

vague au corps vague au coeur

sur page et pages libres je délire

envaguée mouvante emportée

de couleurs en douleur

de douleur en douceur

contre les rochers intenses

dans les blancheurs d’écumes

dans les reflets résonances

peut-être rythmes premiers

de respiration

peut-être vers les derniers

soubresauts

de vie.

Vagues je dis vagues

et m’endors m’endors

dans le berceau coquille

de ma petite vie.

Chorégraphie

by florencebenedettigall

Etait-ce préparé, mis en scène, adapté, ou improvisé ?

Samedi soir, plate forme du fort Barraux, au dessus du Grésivaudan, en face de la somptueuse chaîne de Belledonne, nous avons assisté à une chorégraphie étonnante, d’une vivacité, d’une liberté, d’une inventivité incroyables. La troupe de Martinets- de- Barraux présentait son nouveau spectacle de l’été. Elle avait sollicité pour dynamiser sa création un trio de musiciens magnifiques, le violoncelliste Eric Longworth, le joueur d’Oud Grégory Dargent, et le Griot Dramane Dembélé, la soirée fut merveille , vols en solistes, essais groupés, sans cesse transformés, interrompus, revisités, dans un décor bien présent, murs anciens de la bâtisse militaire, aux cavités diverses fort utiles aux danseurs. La musique aussi variée qu’intarissable nous fit voler d’Afrique vers le Moyen orient et retour vers ici, envolées somptueuses, sonorités envoûtantes. Ce fut bonheur.

Me reviennent des textes de Jacques Moulin, de son recueil A vol d’oiseaux :

Au soir des terrasses

on entre en martinet

la lueur du couchant

Sous ses ailes

Martinet noir

son vol de braises

Nageoires ou ailes

le martinet

brasse l’étendue

Martinet

tourniquet

vire à l’angle

la charpente

s’ajuste

Martinet

déchire le ciel

défie l’ouïe

effilé

prend son temps

de courbure

Martinet

ponctuation dérangée

sous le ciel d’été

Au coeur

by florencebenedettigall

Rugueuse, lisse, marbrée,

la soulever, fermer les yeux

se glisser sous elle

entamer en silence l’étrange traversée

cercle après cercle

années de vie de mort de survie

aller jusqu’au coeur même

s’y fondre

la croissance les tempêtes

les poussées les secousses

les gels les vents les cris de vie

résonnent à travers troncs et branches

au coeur de l’arbre

rester

peut-être pour terminer le parcours

peut-être pour repartir

et reprendre le chant

résonances en la caisse de bois ouverte

murmures d’un archet intime

je disparais je m’endors apaisée

au réveil

collée au tronc du hêtre

ma main caresse l’écorce

recueille l’onde de vie fluctuante

bois, bois.

Le hasard

by florencebenedettigall

Par pur hasard le texte d’Andrée Chedid me tombe sous les yeux, je m’en régale et prends plaisir à l’écrire ici :

Le Hasard

Le Hasard

Ne cesse de ramener

Vers nos rivages

Quelques merveilles

Que nous n’avions pas cueillies

Quelques malheurs

Que nous n’avions pas ourdis

Surgi des ténèbres

Ou de l’éclair

Le Hasard

Pose tantôt son aile

Sur notre épaule

Tantôt ses griffes

Dans la chair

De nos vies.

Grand merci, Andrée Chedid, de ce si fort texte.

La trame et la chaine

by florencebenedettigall

Je reçois ce texte intense de Marlise Benoit. Plaisir de l’écrire ici.

Tout au long des années

Tu as tissé ta vie

Etoffe chamarrée,

Ourlée et frangée de gris.

Lacérée, raccommodée

Brodée de filaments de lune

Et semée d’îles enchantées.

Tu as peiné,

Et fatigué tes yeux

A trouver un fil conducteur,

Où est la chaîne, où est la trame

Quel but, quelle destination?

Cette étoffe qui a défié,

Bafoué tous les modes d’emploi

Est élimée comme un tapis d’orient,

Changeante comme un ciel d’avril.

L’étoffe de ta vie

Est tissée de la substance de tes rêves,

De tes joies, et de tes larmes,

De tes désillusions.

« Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves et notre petite vie est entourée de sommeil. » Shakespeare L a Tempête.

L’étoffe et le tissu

by florencebenedettigall

L’étoffe et le tissu

le tissu et l’étoffe



Tant de fils déroulés

tendus entrecroisés

trame et chaîne unies

entrelacs et magie

Le tendu le passant

les fils de notre vie

celui qui était là

installé précieux

et celui qui avance

imprévu balbutiant

l’un et l’autre unis

dans le travail du temps

plage grève

vagues vers l’avant

trame chaîne

courant contre courant

filets de vie fils de mort

la navette au travail

rien ne peut la taire

joies et peurs

coeurs et corps

la vie se tisse

dans le temps

la vie avance

en respirant

vit et revit l’étoffe

satin velours

nos vides nos pleins

serges et soies

nos dessins nos couleurs

voiles brocards

nos esquisses nos chansons

toiles cretonnes

nos désirs nos passions

jutes et tulles bruts

tissons tissons les fils

de lin de coton de soie

la vie est cette étoffe

rude et douce et fragile

jamais même texture

à peindre précieusement

à chanter dans le vent

mots et couleurs dansent

ciel et mer s’y glissent

rêves et reflets vibrent

lumières des fils unis



les gestes de la navette

rythment notre présent

le tissu et l’étoffe

l’étoffe et le tissu

battement régulier

musique de notre vie.

Avec moi

by florencebenedettigall

Glycine valériane

bouton d’or cytise

glycine seringa

boule de neige iris

clématite oseille

giroflée pervenche

pissenlit corbeille

d’or euphorbe

muguet

glycine viburnum

romarin lilas

ortie paquerette

monnaie du pape fraisier.

glycine glissons

cygnes et signes

jouons…

Plic! Ploc!

by florencebenedettigall


Une grenouille plonge

dans le poème

ah! le bruit de l’encre

Merci , Christian Ducos, pour ce haïku… le Plic! Ploc! édité par le Cadran Ligné nous donne envie d’une promenade en haïkus avec lui.

mots de ma glycine

by florencebenedettigall

Trop de travail en ce printemps… après le dépouillement impératif, les éclatements derniers des gousses de 2018 dans le soleil printanier, la préparation énergique des grappes nouvelles, la douceur de la naissance subtile de couleurs futures, douceurs et fermeté , énergie et fragilité, monde délicat et déterminé …celui-ci parle pour tous les autres, eux aussi en pleine révélation …l’oiseau revient picorer à l’envie, la femme s’installe yeux béants -béats, sans pouvoir s’écarter du mystère. Or cette nuit, dominante, effaçant les dessins d’hier, les écritures suggérée, la Neige s’est installée pour le silence. Le peintre a recouvert le tableau finement élaboré, effacé les formes en puissance, ramené au début de ce travail.

Ou du moins donné l’illusion.

La plante

by florencebenedettigall

Sur le gravier de la terrasse

Y a une p’tite plante

Une p’tite plante qui pousse

Comme ça

Venue toute seule la p’tite plante

Sans plan sans qu’on la pousse sans rien demander

Une p’tite plante toute simple

Plantée tout droit dans le gravier

Ni belle ni laide elle a bien l’droit de pousser tout droit

Faut pas la tuer c’est pas un crime c’est pas grave

De pousser dans le gravier gris sans rien dire sans crier

Et y a bien sûr à cette p’tite plante

Y a bien sûr une tige

Une tige toute droite d’un vert de tige

Quinze centimètres de tige de plante

Sur le gravier de la terrasse

Quinze centimètres qui se dressent tout fiers au dessus des p’tits graviers

Et y a bien sûr à cette p’tite plante venue toute seule avec sa tige

Y a bien sûr des feuilles de plante

ni belles ni laides trois feuilles vertes triangulaires

L’une au dessus de l’autre de chaque côté

Venues toutes seules sans s’annoncer

Avec des dents sur leur pourtour à quoi ça sert des dents comme ça

A une p’tite plante qui veut pousser

Et y a bien sûr des nervures sur les trois feuilles de la p’tite plante

Comme des rivières sur une carte ou des lignes à l’intérieur de la main

Lignes de chance pour la p’tite plante

lignes d’amour lignes de vie

Y a bien sûr plein de vie pour la petite plante dans les nervures bien dessinées

Venant de la tige qui pousse comme ça debout toute droite dans le gravier

Sans autre dessein que de pousser sans autre plan que d’exister

Et y a bien sûr sous le gravier y a plein de fils de filaments

Y a plein de racines des filets de racines filets très fins qui filent sous le gravier

Pour nourrir la petite plante pour qu’elle puisse profiter

Car y aura bientôt à la p’tite plante une fleur rouge jaune ou bleue

Ou blanche ou mauve une fleur toute seule sur le gravier

Avec ses pétales ses étamines son pistil et sa p’tite graine qui s’envolera

Et son oiseau qui l’emportera ou un enfant

Y aura bien sûr pour cette p’tite plante plein de fleurs et plein de graines

et plein d’oiseaux pour les emporter ou bien le vent

Et plein d’enfants et plein de chansons

dans le jardin venu tout seul sur le gravier de la terrasse

Où pousse seulement une petite plante

Venue comme ça sans qu’on la pousse

Pour toi pour moi

Pour rien du tout

Unique bien sûr


ma p’tite plante.