Mots de glycine

Si je lance

by florencebenedettigall

Si je lance en moi ces deux sons comme un secret, une neige légère arrive, et s’installe dans la douceur, et je m’y fonds.

Si je les lance, appuyée à mon arbre, le coeur de la forêt m’engloutit, et je me retrouve sous les écorces, à l’abri, loin des vacarmes et chaos humains.

Si je lance vers le ciel ces deux mêmes notes claires, un ciel infini m’absorbe, et je flotte, fondue dans l’air léger.

Si dans la confusion des bruits humains, je lance le mot-miracle, les débris accumulés s’effacent sur la plage, la mer se retire, le sable emplit l’espace d’ici et d’outre mer …

Et si j’écris alors sur le sable vierge les sept lettres magiques, glissant l’une sur l’autre en courbes harmonieuses, je ferme les yeux à l’aise, effaçant les bruits confus, et j’installe tout doucement un point sur le I , tel une lune dans le ciel.

S I L E N C E

Ruisseau

by florencebenedettigall

Un autre flot de mots vient vivre dans le paysage, écrit par Marlise Benoit :

Il y a bien longtemps

Il dévalait vers l’avenir

Comme une source vive,

Un clair ruisseau.

A la dérive, au fil du temps.

Comme le ruisseau,

Offert au vent,

A l’immense vie qui passe.

Emporté,

Entrainé vers l’inconnu.

Comme le ruisseau

Sue les écueils se heurte

Et se brise,

Comme le ruisseau tari

Et disparu sous terre

Rebondira plus loin,

Ailleurs,

Pour renaître à la vie,

Et s’endormir au crépuscule

Dans son lit brodé

De mousses tièdes.

Comme le ruisseau, emporté,

Insouciant, léger

Vers l’immense horizon.

Les pieds dans l’eau

by florencebenedettigall

Fermer les yeux:

Flot de voix, voyelles fondues, les cinq coulent l’une

dans l’autre, magie de résonances, répercutées en giclées joyeuses,

s’y glisser, se fondre dans les débordements sonores, flutes et cuivres mêlés,

et jubiler dans le chant, unique, multiple.

Alors heureux

ouvrir les yeux:

Flots de lumières, giclées de soleil sur les pierres consonantes,

fol écheveau de reflets, entre sables et herbes libres,

la vie se glisse, la vie respire,

dans les ici et les ailleurs,

dans les avant vers les futurs,

elle nous appelle, nous accueille,

en un chant d’ailes

elle ruisselle,

et nous filons au gré de l’eau.

Coeur en accord.

RUISSEAU.

REVE suite

by florencebenedettigall

Je cherche l’origine du mot;

Dictionnaire étymologique Dauzat ( et c°):

REVER début XII°s, « vagabonder » (jusqu’au XV°s ), d’un anc.esver, vagabonder (cf.l’anc.fr.desver, perdre le sens; v.endêver), du lat. Aestuare, bouillonner, être agité ;ou d’un anc.gallo-romain esvo, vagabond, du bas latin, exvagus, sur l’adj.lat.class, vagus, même sens. A signifié aussi  » délirer », jusqu’au XVII°s, sens encore conservé dans le fr. de l’Ouest; sens mod.

Cet article REVE se place dans le dictionnaire entre REVENIR et REVERBERE, il date de 1964.

Comme me plaisent ces éléments généalogiques…REVE serait de la même famille que ESTUAIRE, VAGUE, DIVAGUER, VAGABONDER , on peut en rêver !

Rêve

by florencebenedettigall

Tout est possible

monde de fractures monde de désastre monde d’ essais de réparations de parures de dédoublements de survie, monde où rêver fait tenir debout dans le réel

rêver rêver rêver



Je dis: rêve …, rêve…

et ça vole, ça neige, ça file vers la lumière, ça verse des flots légers, couleurs mouvantes, magie d’images, sons ouverts, de plus en plus légers, rêve, rêve, rêve…fils, filets de sons venant de mon être, ou d’ailleurs, ou du vent, des forêts, des grèves, des prés riants, des mille verts, pèle mêle, tissage translucide de vies de sourires effleurés, tissages de voix, voiles embrumés, corps emmêlés d’amour, vers la transparence fondus …

Je ferme les yeux, et sens la sève, des mots adviennent, ouverts, comme des reflets, des horizons brumeux, des ciels, des visages corps mains regards entremêlés dans l’air …

Dans mon verre de cristal, ils dansent, ils sourient, ils se fondent, pèle mêle en douceur, fluides et prêts à fuir, plus fidèles que le réel.

Alors je lève mon verre, empli d’images, de sons, de mystères, de chimères,

et en douceur en confiance,

je le renverse

bonheur

et la magie opère

en vers

et contre tout

EVER

REVE

Echos et reflets

by florencebenedettigall

Echangeant avec l’amie M. sur les Reflets, je trouve dans le Poezibao d’hier des mots d’Anne Marie Soulier qui nous répondent:

« On ne s’ennuie jamais avec sa peine, la porte grande ouverte sur le Styx intérieur. Regarder l’étang noir et y lancer des mots pour voir jusqu’où ils vont, ce qu’ils deviennent, ce qu’ils y font,

Nourrir l’eau avec des syllabes: zurück- zurück- zurück-

Des canards traversent l’écho.

Les nénuphars ont voilé le miroir.

Présence des oiseaux de dialogues et d’ailes.

Saule solide en son miroir. »

 

 

Et me voilà lançant sur le miroir de la feuille mes petits reflets écrits en résonance avec ceux de M.

 

 

 

REFLETS

 

Je flotte dans les reflets

 

j’y flaire une existence

juste un souffle

un flux léger

de lumière sur une ombre

d’ombre sur la lumière

 

tout file s’effiloche

se défait se refait

brins lumineux

dans la brume

souffle fugace

vaporeux

 

sur la flaque fragile

miroir aux mirages

brumes d’hier et de l’instant

faible fleurs d’échos

d’ici d’ailleurs

 

vaste monde épars

d’ailleurs d’ici

 

et moi fascinée

dans ce réel je flotte

et je vole

et me dissous

heureuse

 

est-ce moi

est-ce elle

à tire d’aile

dans le ciel et sur l’eau.

les derniers

by florencebenedettigall

Ce sont peut-être les derniers rameaux, les dernières guirlandes dorées de la saison, légèreté accrochée à la balustrade de mon balcon, enroulée élégamment à deux  des barreaux …dernier chant de ma glycine avant la préparation des futurs premiers .

Et  m’arrive un chant d’automne , une danse colorée et envoutante, la voici:

 

Automne

 

Une feuille se pose

Doucement sur l’herbe,

Une autre, une autre encore,

Sans bruit, puis cent.

Sarabande dans le vent.

 

L’automne est arrivé ce matin,

Sur la pointe des pieds.

A peine un air plus frais

Effleure la terre mouillée.

L’ardent été s’en est allé

Abandonnant sa hargne,

Et sa furie,

Ses rivières

Et ses affluents de feu.

Sur les champs,

Rampent des lambeaux

De brumes indécises

Le rouge a envahi

La vigne vierge

 

Et le saule

Pleure à chaudes larmes.

Dans ma tête en suspens

Flotte un air mélancolique

Comme une feuille fanée

Qui erre dans le vent. 

 

Poème de MARLISE BENOIT.

Elle ailée

by florencebenedettigall

Elle continue son parcours la belle

se laisse prendre dans la lumière

la couleur chante la couleur danse

et nous muets la recueillons

vitrail-mémoire   phare des demains

nous glissons vers le gris

by florencebenedettigall

Cette folie des couleurs, avant que ne s’installe les gris et blancs de l’hiver… chaque année , comme un chant annonciateur: rouges pourpres roux dorés jaunes divers marrons et bruns et  restes de verts et carcasses sombres dessinées à l’encre, et peu à peu le dépouillement prévu, la simplification essentielle, vers le presque rien prochain.

Ma glycine reste en suspension , généreuse en gousses verticales pas encore enlevées par le vent et la pluie.

Nous vivons le passage, la transition, revoyant le « juste avant » et projetant le « presque là »…et la végétation nous donne moyen de nous glisser naturellement dans ce scénario bien connu, et attendu.

Chant

by florencebenedettigall

Si je le pouvais

je refuserais les mots, les phrases, paroles confuses et inharmonieuses, hésitantes et violentes, qui sortent par mes lèvres, qui brouillent le ciel, les routes et les prairies, les rues et les chambres,

je ne produirais que silences, à mon rythme, selon la couleur du jour ou de la nuit,

ou alors, le chant, le chant premier,

je ne laisserais sortir de mon coeur, de ma gorge, de ma bouche, de mes lèvres, que silences, ou mélodies, airs et chansonnettes,

dès le réveil, je filerais telle une flute dans la lumière première,

je vibrerais, monterais, descendrais, remonterais, amplifierais, diminuerais, subtiliserais,

avec mes lèvres, mon gosier, ma gorge, mon antre, je changerais à plaisir le timbre, le registre, cor ou violoncelle, cuivre ou velours, lumière puis ombres,

je deviendrais murmure, murmure réduit, simple souffle d’herbe, ou de nuage, vibration première.

 

Si je le pouvais

je saurais capter un autre chant d’ici, l’écouterais, et peut-être le doublerais, ou lui répondrais, seul à seul dans l’harmonie ; refusant le brouhaha des mots dits, des mots cris, je me glisserais avec bonheur, vers le silence partagé, savourant les accords que nos voix auraient produits, les avancées de la vie, dans la jubilation harmonique.

 

Si je le pouvais

je sortirais de cet ici bruyant et chaotique, prendrais le chemin de la montagne, rejoindrais par d’autres voies les murmures et les chantonnements, et ainsi vers le sommet, peu à peu nous emplirions ciel et paysages, routes et cités, de chants multiples, et de silences unis,

et nous irions, en accord libres, dire la vie et la beauté possibles.

 

Ce serait l’enchantement