elle
by florencebenedettigall
et Elle, mon amie La Rose, ouverte ce matin, accueillant qui s’aventure à passer ma porte.
et Elle, mon amie La Rose, ouverte ce matin, accueillant qui s’aventure à passer ma porte.
Le chemin était interminable, poussiéreux, monotone…
le chemin était fracassant, confondant, âpre à parcourir …
le chemin était vide, gris, silencieux….
et soudain, dans une singulière lumière, ce fut l’explosion de couleurs, de chants, de danses.
Mon jardin
Nigelle
Glycine blanche
Iris
Ancolie
Fleurs d’orties
Boutons d’or
Lilas
Arbre de Socrate
Muscaris
Pervenches
Jacinthes
Muguet
Magnolia
Glycine mauve
Orchis
Valériane
Coquelicot
Euphorbe
Cytise
Seringa
Corbeille d’or
Giroflées
Monnaie du pape
Fleurs de fraisier
Paquerette
Romarin
Carottes sauvages
Herbes folles aimées.
Bien vivant jardin, peuplé d’insectes actifs, forces de vie.
Dans VERT il y a du rêve
tout ouvert, y a de l’air
y a la sève la poussée la tige
l’herbe la feuille …vertige !
Dans VERT on frôle le vent
la mer la vie toute claire
le jour grand’ouvert
et que vienne le chant !
Dans VERT on rêve de vie
on vibre on ouvre on sème
on fredonne on va on sourit
on accueille on unit on s’aime.
Vient dans la glycine encore grisbeigemauve, le vert qui envahit ce début d’avril. Ainsi le poème de l’amie Marlise :
Vert
Des tiges
A tâtons
Sous terre rampent.
Jaillissement de vie,
Sous l’herbe
Le vert
A l’assaut du ciel.
Dans le matin tiède,
Métamorphose.
Le vert a brisé
La terre assoupie,
Les écorces.
Verts en sourdine,
Cantabile,
Crescendo, allegro.
Le vert éclate
Dans les fentes
Et sur les murs de pierre,
Il désoriente le vent.
Le vert déferle
Sur la ville
Il fait éclore la vie
Dans les regards las
Des passants.
Poème de Marlise Benoit, 7 avril 2018.
Poème en tête, je dois aller passer la tondeuse sur mon petit pré verdoyant qui lui aussi se laisse aller.
Tout passe et tout demeure. Mais notre affaire est de passer.
De passer en traçant des chemins
Des chemins sur la mer.
chantait Machado.
Le » tout passe » devient délirant.
La glycine bourdonne cela, dans la grisaille de ses entrelacements , dans la présence des suspensions de graines, rideau devant la fenêtre constamment agité par tout souffle, dans la fabrication spectaculaire de ses bourgeons dont la couleur ce matin est si étrange … ni gris ni beige ni mauve ni blanc mais tout cela mêlé en fabrication, et le mauve ainsi se prépare, comme sur une palette dictée par le mouvement premier. Dans un jardin où sauvagement crient des verts si différents les uns des autres, ceux de l’euphorbe, du lilas, du cytise, des lauriers, des lavandes et d’autres, et les verts criants des herbes en plein développement , la perspective de la floraison délicate de la glycine semble étonnante, et attendue pour l’harmonie. Du moins l’harmonie à nos yeux guetteurs. Guetteurs de transformations.
Et inévitablement les mots s’installent en s’entrelaçant, en tournant et retournant, se prenant pour des lianes qui occuperaient les lieux. En attente …
Um das Haus herum
Wohnt der Garten.
écrivait H.A.Astel.
Ici s’était installé un hiver opaque, étouffant les mots, les figeant dans le sol glacé comme s’ils ne pouvaient plus se faire entendre, résonner, prendre vie.
Et les petites traces de vie se bloquant dans un gel dominateur n’arrivaient pas à se faire entendre.
La vie craque, la glycine marque aussi un bientôt réveil, et des petites voix étrangères viennent gratter le sol.
Der Himmel
gespiegelt
in einer Pfütze
In diesem Himmel
badet ein Spatz.
Hans Arnfrid Astel
(Le ciel reflété dans une flaque d’eau. Dans ce ciel se baigne un moineau. )
Comment tisser avec des brins de nuages, des tiges de rêves, des feuilles vivantes ? et les couleurs qui se délitent dans le gris de nos jours , laissant des traces à peine tangibles de leur vie réelle ?
Comment tisser les jours ? comment tisser les nuits ?
Juste le désir et l’étirement comme preuve de vie .
Brins brindilles de vie.
Oui,
La Trame de mes jours
ce n’est qu’herbes tiges feuilles
Mais l’Autre m’en fait voir de toutes les couleurs,
rouge colère, jaune angoisse, gris ennui,
La Chaîne me lie, peine ou joie, à l’arc en ciel ….
Oh hisse!
Je trouve sur mon chemin ce petit insecte, le prend dans ma main et nous entamons un petit dialogue.
Petit insecte humain qui rampes sur la terre
Dont l’incertain destin te désole et t’atterre
quand par un soir d’été tu t’en vas plein de doute
écoutant la rumeur qui vient d’une autoroute,
et qu’elle te semble extraordinaire quand même
et palpitante l’existence que tu mènes
malgré les cruautés qui sévissent parfois
entre quelques cités travaillées par des voix
méchantes qui font que comme des sales bêtes
les hommes s’entretuent pour d’ineptes prétextes,
oui par ce soir magique qui s’intensifie,
tu dis merci de pouvoir vivre cette vie
et dans le matin déjeuner assis dehors
recevant du soleil ses merveilleux trésors.
Ce petit texte de William Cliff ( Au nord de Mogador) m’est transmis par le merveilleux Poezibao du 15 janvier.
Comme j’aime les titres de Guillevic : Présent, Avec, et d’autres.
Dans la fragilité de nos vies, avec ces départs, ces maladies, ces morts, dans l’évidence de notre condition, bonheur de retrouver ce petit livre Présent, écrit à la toute fin de sa longue vie.
Guillevic écrit:
Un vieil homme
Est passé sous un arbre,
Un très vieil arbre.
Le vieil homme a souri.
S’est arrêté quelques secondes,
N’a rien dit.