Mots de glycine

Le serpent

by florencebenedettigall

Il s’est glissé sans qu’on le veuille, dans les herbes , les broussailles, les fougères et les mousses. Il arrive toujours à se glisser ainsi dans nos promenades, déambulations, arpentages;  en fait toute flânerie dans tout paysage comporte l’éventuelle rencontre, furtive, fascinante, effrayante, du serpent.

Et le déroulement de nos vies ne peut que le confirmer, si nous acceptons que nous ne sommes pas dans un rêve paysager de bonté absolue.  Nous avançons , nous déambulons, nous flanons dans des paradis herbeux er fleuris, le long de rivières, autour de lacs, sachant bien que, des fougères, des broussailles et des mousses, peut surgir la forme effrayante, ondulante, serpentine.

Mais le serpent n’est étymologiquement qu’un  » rampant »,  et tout rampant dans l’herbe n’est pas dangereux … et pourquoi Tom Mandel dans son petit texte de Realism, emploie-t-il le mot « serpent » et non « snake » que j’avais appris à l’école ? peut-être est-ce le mot américain ?

Mais il reste, je le sais, dans toute espace de déambulation vitale, dans toute période d’avancée, de mouvement du temps, l’éventuel frôlement d’une réalité  froide, insinuante, ondulante , qui file entre nos jambes, entre nos vies, menaçante, confuse,   sans visage, sans vacarme … juste un léger bruit dans les herbes, juste un subtil sifflement,  juste une terreur instinctive devant une réalité qui nous échappe, juste une sinuosité à dessiner sur nos ardoises et nos miroirs. La lettre S , visuelle, sonore, présente. Mais encore faut-il pouvoir la saisir.

Serpente en moi une menace, oui, imparable menace, que je ne peux piéger, serpente la réalité d’une fin probable. Evidence commune.

Realisme, titre de Tom Mandel.

Me promenant

by florencebenedettigall

 » As I walk along I wonder. Every few steps I pick up a small stone, twig, or serpent. Each is different and to each I say the same thing. Speaking to each I aim at the same spot, at the hand that holds it. In a « ritual as genuine as a kiss », …each sentence I write is trying to say the whole  thing …the same thing over and over again. « 

Extrait de : Tom Mandel, « Realism », 1991.

La simplicité même, j’adhère sans réserve , je fais miens ces mots simples, et pars en promenade.

Me promenant je m’émerveille. Quelques pas je ramasse une petite pierre,une brindille, ou un serpent. Chacun est différent et à chacun je dis la même chose.Parlant à chacun je vise le même point, la main qui le tient. Dans un rituel aussi vrai qu’un baiser, chaque phrase que j’écris essaie de dire  la chose entière …la même chose encore et encore.

glanage

by florencebenedettigall

Corbeaux en glane dans les maïs

lessivés

 

Chaises en conversation vide

dans les vergers

 

La saison se rentre

feuilles écrasées

 

Blessures et rouilles

à terre

 

Infusion confusion

 

Tout file vers l’hiver

dans l’estime des bruyères

 

On reprendra corps avec le héron

cendré solitaire

qui patauge avant l’envol

 

On se dit qu’il y aura bien 

quelque rose

et qui dure

pour la Noël

 

 

Les mots de Jacques Moulin, « A vol d’oiseaux » me réjouissent,  regard ,  phrases fixées, comme des aquarelles sur le vif, sans hésitation.  Ce livre m’enchante.

trace

by florencebenedettigall

« On laisse des traces

ou bien une trace

une seule,

comme un outil abandonné à terre

et que le premier voyageur venu peut ramasser

pour adresser ou poursuivre son propre ouvrage

ou son propre chemin.

Et c’est comme si des paroles

flottaient encore dans l’air

Longtemps après leur passage.  »

Bien heureuses traces de Jean-Pierre Spilmont,  j’en rêve des ces traces humbles mais perceptibles par les suivants.  que dire des traces qui se disloquent dans l’eau, dans le vent, dans l’oubli ? que dire de l’outil si mal utilisé qu’il semble avoir été inutile?

 

Mais,  curieusement, par  hasard ,  me revient le chant  Materemo , que le groupe Bratsch  affirme  avec bonheur :

« Accrochés aux nuages

nous continuons le voyage

nous sommes oiseaux de passage

demain nous serons loin. « 

Et leur voix fermes et heureuses m’entrainent dans leur voyage. Force du vol. commune vibration.

en glanant

by florencebenedettigall

J’ai trouvé ces mots de Glenn Gould,  cités pour une exposition du maitre verrier Zoritchak :

 

« Le but de l’art n’est pas de déclencher une décharge momentanée d’adrénaline, mais c’est plutôt la construction progressive qui engage toute la vie, état d’émerveillement et de sérénité.  »

 

J’adhère à ces mots donnés pour l’expo appelée elle même REALITE SUBLIMEE.

Quel programme !

 

Und wie Früchte sind wir.

by florencebenedettigall

Je retombe par grand hasard sur ce texte de Rilke, écrit en 1898, Rilke a vingt trois ans ….le fruit a déjà bien mûri, intuition, expérience.

 » Et nous sommes comme des fruits. Nous pendons haut à des branches étrangement tortueuses et nous endurons bien des vents. Ce qui est à nous, c’est notre maturité, notre douceur et notre beauté. Mais la force pour ça coule dans un seul tronc depuis une racine qui s’est propagée jusqu’à couvrir des mondes en nous tous. Et si nous voulons témoigner en faveur de cette force, nous devons l’utiliser chacun dans le sens de sa plus grande solitude. Plus il y a de solitaires, plus solennelle, émouvante et puissante est leur communauté. »

Notes sur la mélodie des choses. XXXIX.

C’est le dernier mouvement de son texte, et moi qui viens de travailler au jardin, élaguer, donc observer l’organisation de chaque branche dans l’ensemble de l’arbre ou de l’arbuste  …

et moi qui viens de passer quelques jours proches, si proches de mon amie peintre, dormant dans le petit atelier où veillent des toiles vivantes, j’entre dans cette « mélodie des choses » avec facilité, et je m’y sens bien. « … so müssen wir sie jeder brauchen in unserem  einsamsten Sinn. Je mehr Einsame, desto feierlicher, ergreifender und mächtiger ist ihre Gemeinsamkeit. »

Quant à moi il me reste tout un travail d’écriture à faire, à partir de bribes venues directement d’un temps d’imprégnation dans la « mélodie des choses », dans le cas précis, dans la mélodie d’un lieu particulier, partagé, un temps d’automne, microcosme d’une mare prés d’ici.  On pourrait peindre, on pourrait photographier, enregistrer les sons et les silences, les lumières  et le jeu des ombres, on pourrait juste s’y tenir, s’emplir du lieu, et disparaître. Arriver à fixer quelques bribes, mots venus, mélodie des choses. Juste les fixer.

un oiseau

by florencebenedettigall

Je découvre dans le si riche Poezibao de Florence Trocmé des extraits d’un poète : Thierry Metz. Cédric Le Penven vient de publier  « Thierry Metz » dans la collection Présence de la Poésie.  Petits textes intenses, exigeants, essentiels.

Quelques extraits de « Le Drap déplié » :

Le jour dans ma paume

éclairée d’oiseaux

approfondie dans un couvent de branches

par le pain

l’aile en prière sur la bouche

de qui n’est plus rien

qu’un souffle

…..

De chaque pierre

à tailler

j’extrais le mur

son aveuglement

à chaque pas

jusqu’au soir.

……

 

 

Ne penser qu’à la lumière

d’écrire

et vivre   un chemin

dans les herbes

 

de n’être rien

sans l’oiseau

 

d’aimer. 

 

La présence dépouillée dans les mots touche à l’essentielet s’installe dans une lumière évidente. Bonheur de cette découverte.

et l’ips dort

by florencebenedettigall

Et l’ips dort au coeur de l’écorce,  avec ces fils de soie labyrinthiques, avec ses fils de mots  qui les rejoignent, avec ses créations qui s’entremêlent, et s’endorment et se réveillent, dans la conscience que, de toutes façons, ce qui est précieux, ce sont ces mouvements même de vie, celui de l’ips, le typographe des écorces d’épicéa,  celui d’Hélène la  brodeuse graveuse amoureuse d’écorces, et le mien, tenu par les mots.

Voici donc mes quatre mouvements de mots, sortis de  cette poussée  commune de vie.

 

MOTS D’ECORCES

L’ARBRE ET L’IPS

 

1° mouvement allegro

 

 

Une clarté

de passage sur l’arbre

 

alors tu caresses sa peau

lisse et rugueuse

vivante blessée

écorchures cicatrices

de vie

 

contre lui

heureuse de sa respiration

écorce corps à corps

tu retrouves la résonance

tu sais les cercles premiers

derrière la paroi

l’âme du bois présente

au plus profond

 

grâce d’or

 

2° mouvement ritenuto

 

 

 

Laisser toute lueur

éteindre toute musique

voyageur non voyant

glisser à l’intérieur

dans l’opaque du silence

 

enfoncer son corps

entre les plis confus

errances contournements

forer des masses obscures

s’enfouir aveuglé

au coeur fou de l’informe

dans les entrailles d’un temps

 

peut-être va s’ouvrir

d’entre les strates obscures

sans ciel ni vent

un antre interstitiel

intact protégé

pour une énigme vive

 

l’écorce se referme

 

l’arbre scelle

le mystère.

 

3° mouvement cantabile

 

 

Qui se glissera

par ces voies arborescentes

 

qui par ces fougères

suivra le dédale obscur

en ses tracés déterminés

 

qui posera l’énigme

et son évidence

 

qui filera le temps

patience muette

 

sous la peau de souffrance

la vie tisse la vie

le silence son mystère

le temps s’en va

le chant se glisse

 

ellipse.

 

 

4° mouvement pacato

 

 

 

 

Le temps s’en va

le temps s’en va

mon arbre

et bientôt seras étendu

sur la lande

corps défait

 

à l’abri

bien nourries

des vies installées

chez toi

à présent prennent la tienne

à vif

abandonnée.

 

Lors

de loin

de nos tréfonds

des fils de mots

des fils de soie

des fils se nouent

des fils dessinent

tes constructions premières

arbre notre arbre

 

et ton chant

libre chacun le renouvelle

en soi

 

en nous

à claire voix.

Sainte Hélène printemps 2017

 

Mes mots ont la chance d’avoir été installés au coeur d’un livre unique créé par Hélène Dittmar-Foray « Sur le chemin de l’Ips Typographe ,  Au fil du temps et de l’aiguille se renoue l’histoire de l’ips . » Ce livre unique, et quelques autres, enfants créés par Hélène, seront visibles au salon des LIVRES d’ARTISTES, de Rives en Isère , les 15, 16 et 17 septembre 2017.

sa dernière lecture

by florencebenedettigall

Je veux aller au bout de ce texte végétal.

 

Et s’il y avait un « intérieur » des fleurs par quoi ce qui nous est le plus intérieur les rejoindrait, les épouserait ?

 

Elles vous échappent; ainsi, elles vous font échapper : ces milliers de clefs des champs.

 

Pourrait-on en venir à dire que, si l’on voit, dès lors que l’on voit, on voit plus loin, plus loin que le visible ( malgré tout) ?

Ainsi, par les brèches frêles des fleurs.

 

 

Comme si un homme très voûté lisait un livre à même le sol.

Sa dernière lecture.

 

Merci, Philippe Jaccottet, ( Et néanmoins, pages 82 83 )

Sources

by florencebenedettigall

Sources toujours à ras de terre, si proches, et les plus lointaines..

 

Choses données au passant qui pensait à tout autre chose ou ne pensait à rien, on dirait que ces fleurs, si insignifiantes soient-elles, le « déplacent » en quelque sorte, invisiblement; le font, imperceptiblement, changer d’espace. Non pas, toutefois, entrer dans l’irréel, non pas rêver; mais plutôt, si l’on veut, passer un seuil là où on ne voit ni porte, ni passage.

 

Et s’il y avait un « intérieur »des fleurs par quoi ce qui nous est le plus intérieur les rejoindrait, les épouserait?

Merveilleuses pages 80 81 et début de 82 du texte de Philippe Jacottet. Et néanmoins.

Le liseron avance, se glisse, s’aventure en circonvolutions simples; la phrase de même, de l’extérieur sinueux à la formulation de l’interrogation intérieure. Poésie qui se suit en silence, suite tranquille comme une mélodie équilibrée. Sentier vers un silence.