Mots de glycine

Kesa

by florencebenedettigall

Kesa, manteau de nuages, rectangle mosaïque,  vêtement sacré, patchwork bouddhique, tissage de dépouillement , de passage, comme oiseaux, comme nuages, comme vies de disparition et de recréation.

Je confectionnerai un kesa de glycine, de paroles et de souffles en devenir.

Et les nuages

by florencebenedettigall

Et les nuages qui défilent en caravanes toujours étonnantes, jamais identiques, jamais lassantes, pour qui se laisse prendre.

« Accrochés aux nuages

nous continuerons le voyage

nous sommes oiseaux de passage

demain nous serons loin . »

ainsi chantait Bratsch, et moi avec eux, et cela me pousse à retrouver le si beau livre d’André Ar Vot,  « Cent vues de l’enclos des nuages« , et me voici à nouveau du voyage.

 »  Ce livre n’est pas fait pour être lu, mais feuilleté …c’est un peu un livre-oiseau, qui vole de branche en branche en faisant sauter les feuilles. Parcourir ce livre comme la caravane des Nuages parcourt les hauteurs de l’atmosphère sera la meilleure façon, en changeant de monture, d’altitude, d’éclairage, d’humeur et de compagnie. »

C’est le beau conseil de lecture que donne l’auteur,  et alors que je suis sur mon clavier, un oiseau vient contre la vitre comme pour voir ce qui se passe, quel reflet l’attire, la page ? mes doigts dans la lumière ?  vérifie-t-il mon état d’esprit?

Ayant toujours voulu exprimer à l’auteur mes remerciements naïfs de lectrice complice, j’ai cherché comment joindre cet André, qui m’avait dans un autre livre ramenée à des lieux bretons que je connaissais bien, ( » La Dérobée, fiction « ),  je constate avec Google qu’il est parti, oiseau poète de passage, depuis  déjà quelques années, nous laissant ces merveilles.

En passant

by florencebenedettigall

Juste fixer ici cette phrase de Paul Celan, entendue il y a quelques jours en présence de belles sculptures: »Je ne vois pas la différence entre un poème et une poignée de mains. »

 

Et tout en passant cette phrase à ma machine, pour ne pas l’oublier, je vois, rampant vers moi sur la terrasse une tige sinueuse de glycine et l’ébauche d’une fleur …c’est le début de cette seconde floraison, plus rare, au coeur de feuilles et de tiges estivales.

Le message est capté.

Le fil

by florencebenedettigall

« Tous les oiseaux qui volent ont à la patte le fil de l’infini »

Dans le tonitruant océan des Misérables, où Victor Hugo nous trimbale d’un être à un autre, d’un lieu à un autre, d’un drame à un autre, d’une pensée à des vagues d’autres pensées, parfois émerge une pépite:  pépions, oiseaux que nous sommes, pépiez oiseaux de mon jardin retrouvé. Et le fil …..le fil ….surtout, ne pas le perdre dans notre vol aveugle.

Envie de mots

by florencebenedettigall

Petit texte pour le » Rassemblemots » lancé pour la médiathèque de Montmélian.

 

Envie de mots

ou Petite chanson pour mutiques.

 

J’aime les mots et les mots m’aiment

 

tous les mots dits

tous je les crie

je collectionne

j’affectionne

et je récite

et je médite

je les marmonne

je les chantonne

les fais sonner

les fais danser

 

j’aime vos mots tous vos mots même

 

les mots d’amour

les mots d’union

sans trait mêlés

fléchés croisés

les mot-à-mots

les mots cousus

les mots gréant

les mots passants

et les mokas

les Mohicans

les mots qui rient

ivres et libèrent

le mot lierre

et le Mozart

 

j’aime nos mots tous nos mots même

 

de déraison

de pâmoison

et les mots roses

les monotones

et jusqu’aux pires

je vous les crie

les gros les sales

les interdits

les plus maudits

le mot motus

le moribond

et le mot mort

 je l’aime aussi

 

oui j’aime les mots tous je les aime

 

mais plus encore 

me ravit

mon maître mot

c’est le mot VIE

gravé du fond des âges

by florencebenedettigall

Il est venu se mêler au fouillis sonore de chaque matin, issu des taillis et arbustes de vers chez moi.

« Passereau, torcol fourmiller ou perdrix? Figé sur l’enveloppe d’un éclat de silex, un oiseau gravé il y a près de 35.000 ans vient d’être décrit dans le Journal of Archaeological Science: Reports. »

La photographie, accompagnant l’article du Monde du 16 mars, sur ce papier de médiocre qualité, est étonnante, dessin ferme, envolée évidente, mouvement rythmé des plumes, oeil et bec précis, en creux, en bosse ….reste à faire dans notre tête le moulage, reste à souffler délicatement pour lui redonner vie, reste à fermer les yeux et l’écouter, venu se mêler à nos merles et passereaux familiers.

Raccourci incroyable, le fugitif figé dans un  éclat de silex, l’évanoui rattrapé par l’envie de la représentation.

Je te tiens un  instant dans mes paumes, délicatement, le plus tendrement possible, et , les yeux fermés, je te laisse repartir , de ton vol lointain, glissant les âges, reliant les temps disjoints, éclatés.

Et moi au bord du ciel, tranquille,  me laisse peu à peu pétrifier dans un accord    retrouvé.

un petit dernier

by florencebenedettigall

Si tôt cette année se sont réveillés les amandiers, un mois plus tôt qu’en 2015, qu’on a été privé de cette attente fiévreuse au creux de l’hiver, qui fait de leur arrivée une vraie fête. Leur beauté n’en est certes pas amoindrie. Ils côtoient ainsi d’autres espèces fleuries abondamment avec eux.

Mais un petit dernier m’arrive, tout vivant ce matin, le voici:

L’amandier

 

Dans le petit matin généreux

un amandier

Se réincarne lentement,

Sève après sève concentrique,

Tandis que le vent

Folâtre

Dans ses jupons de soie. 

Ce poème est sorti du recueil L’Ombre d’une aile, de Marlise Benoit ( éditions les Poètes français). S’y promener est un bonheur.

tenir

by florencebenedettigall

tenir,  avec le néanmoins, et le et pourtant, et le même si,

tenir, main tenir sur le cours des choses, et quitte à voir filer ces choses, accepter de filer avec… dans une prise intime que le courant ne saura rompre

filer ainsi, filer, file la laine, file les jours, filer au gré de l’eau , du vent, des mots, filer pour ne pas être pris enfermé immobilisé,  fi du temps, se laisse porter en  confiance les yeux ouverts

est–ce barque , est-ce berceau, tressage léger de jours et d’heures, tapotements de consonnes, où se glissent les voix

est ce voile est ce radeau

je tiens un arbre et file

marées de nuages

écume de paroles

dentelles

 

vers le silence

je vais

 

emplie de vie

je suis

 

maintenant

 

Comme des fruits

by florencebenedettigall

Je ne sais pourquoi je retombe par hasard (?) sur le XXXIX ch du texte de Rilke, Notes sur la mélodie des choses , – je crois d’ailleurs l’avoir déjà repris ici pour le plaisir- le revoici , avec ses fruits, son arbre, et ses solitudes.

Et nous sommes comme des fruits. Nous pendons haut à des branches extrêmement tortueuses et nous endurons bien des vents. Ce qui est à nous, c’est notre maturité, notre douceur et notre beauté. Mais la force pour ça coule dans un seul tronc depuis une racine qui s’est propagée jusqu’à couvrir des mondes en nous tous. Et si nous voulons témoigner en faveur de cette force, nous devons l’utiliser chacun dans le sens de sa plus grande solitude. Plus il y a de solitaires, plus solennelle, émouvante et puissante est leur communauté.

J’aime me sentir fruit accroché à une branche haute et toute biscornue,  exposé directement au vent.

Und wie Früchte sind wir. Hoch hangen wir …. oui je me vois bien pomme, ou vieux coing d’un arbre d’âge certain, comme l’étaient mes arbres de l’ancienne demeure. Par contre le caractère solennel des deux  dernières phrases me dérange,  la rencontre des solitaires que sont les créateurs est plus simple, légère, et le sérieux affiché  dans cette » communauté »  (Gemeinsamkeit) me dérange un peu. Mais  je réalise que Rainer Maria n’a que vingt trois ans quand il écrit ce texte, brillant étudiant de philosophie, au retour d’un voyage culturel de privilégié, (L’Italie, Florence, les Musées ), et il n’est qu’au début de son riche parcours poétique. Et sa vocation artistique est sérieusement affirmée en lui.

je suis tout juste

by florencebenedettigall

 

 

Je suis tout juste un peu d’air qui passe

air où naviguent mes amis oiseaux

air qui pénètre les poumons de la vie,

(celui qu’ils rejettent, que respirent les feuilles)

un peu d’air qui passe sans heurt sur les rochers, 

que traversent les sabres, les poings et les balles

j’accueille les rayons du soleil

et le noir invisible de la nuit

j’entoure la présence de la mort

son inconsistance peut-être-

mes longs bavardages avec la mer

le sable,  les cailloux, les herbes et les arbres

tensions et raideurs confiées à la danse

de l’air n’importe où qui se prête aux ailes;

parcourt sans heurt des montagnes rocheuses

pointes de couteaux et dents de rapaces-

je sens mes pensées tellement plus proches

des grandes courbes glissées des hirondelles

que du passage en force d’un bulldozer-

d’un souffle d’air qui passe sur les eaux

que des certitudes des princes de ce monde-

(…et j’ajoute pour mémoire …plus proche

des quatre impromptus de Brahms

que de … que de…que de…, etc…,etc !)

 

LORAND GASPAR,  Derrière le dos de Dieu, Gallimard 2010.