Mots de glycine

Saisi en ouvrant ma fenêtre

by florencebenedettigall

un autre cadeau laissé par Ludovic Janvier:

 

Voyez ce matin comme il me prépare

et l’herbe du pré si elle m’attend

voyez l’eau du lac comme elle me pense

et le bleu du ciel s’il donne à vouloir

 

voyez le chemin comme il part de moi

si l’eau du ruisseau promène ma soif

voyez comme l’ombre a choisi mes mots

et si le caillou ma ramène au temps

 

voyez l’horizon comme il me rattache

si les vols d’oiseaux m’apprennent partir

voyez la forêt comme elle m’écoute

et si le silence est fait de ma voix

Ludovic Janvier, Une Poignée de monde, Gallimard, 2006

encore un qui s’en va nous laissant son baluchon

by florencebenedettigall

il y en a tant qui, les uns après les autres, discrètement prennent le sentier là bas, le baluchon à la Rimbaud sur l’épaule gauche, d’où peu à peu s’envolent des mots à se saouler, des mélodies à accrocher aux arbres, des accords et discordances à broyer dans la cascade… un sourire discret se retournant vers nous, frères inconnus, ou vers les brumes de ce monde ci.

Ludovic Janvier, m’apprend Poezibao, vient de passer la ligne des peupliers, le long du ruisseau malicieux. Je ne connais rien de sa personne , de sa vie, mais j’ ai souvent été comme happée dans Poezibao par  des merveilles écrites par lui, légères et poignantes, jubilatoires et essentielles.

Je reprends ce poème:

A moins qu’en tout dernier lieu je me renverse

-est-ce qu’il va s’arrêter choisir- me renverse

dans le lac en regardant les montagnes bleuir

disant Après tout non c’est plutôt là

calmement sur le dos que je vais attendre

le coup de grâce en faisant quoi la planche

l’oeil au ciel et sinon l’oeil au ciel

du moins l’oeil au plafond son ersatz

toi qui rêvais de pardon en écoutant Mozart

plus de Mozart rien que le bruit du sang

accompagnant le bruit du sang rien que le clapotis

du lac bleu qui vous vide en douceur

Annecy le monde et la vie à venir

disparus tout là-bas de la mémoire enfin légère.

Ludovic Janvier, La Mer à boire, Poésie/Gallimard, 2006

Trois cailloux

by florencebenedettigall

Par hasard j’arrive sur  ce petit texte de Lorand Gaspar p 52 du recueil intitulé Derrière le dos de Dieu. (nom donné à une région de Transylvanie orientale dont ses grands-parents étaient originaires )

 

Trois cailloux dans ma poche, ramassés prés de la mer

deux noirs, un ocre jaune, plats et lisses, très lisses,

je pense en les touchant au chemin et au temps parcourus

je pense en les touchant au désir d’aller dans l’inconnu

à la force interne qui soude leurs particules, à celle

des vents, des sables et des eaux

dont le jeu me permet je ne sais pourquoi, 

de toucher quelque chose comme

un dur noyau d’être dans l’ouvert-

 

Et dans ce même temps Marie Loiseau en voyage en Equateur m’envoie un merveilleux Eloge du caillou.

 

 

Eboulement

by florencebenedettigall

sur quels galets poser mes pieds

pour passer d’un monde à un autre

 

quelle pierre serrer en ma paume

pour en extraire des mots vivants

 

en quel sable me frayer un passage

sans disparaître dans le silence

à pas léger

by florencebenedettigall

« Tu ne sais ni d’où tu viens ni où tu vas, mais la certitude qu’une direction t’oriente rend ton pas léger »

 

Merci, Bernard Noël ( Mal de l’intime ).

un chemin de galets

by florencebenedettigall

Je relisais ces derniers jours des passages du recueil de Jean Joubert « L’alphabet des ombres » et hier j’apprends que le poète vient de s’en aller …sable et galets, lumières et ombres, présence et départ.

Je choisis ce poème d’autre voyage:

Un chemin de galets

mène à la maison du poète. 

 

Passant,

marche nu-pieds, médite, pousse la porte.

 

(Ni serrure ni mot de passe)

 

Tu lis sur une pierre blanche:

« Liberté de lumière. »

 

     *

 

D’ici à la frontière,

mille millions de galets.

 

Toi qui cherches la forme exacte,

la teinte la plus pure,

acharne-toi, persévère!

 

*

 

Une statue géante jadis tomba

puis fut limée par l’eau, le vent,

devint sable et poussière.

 

Demeure ce galet

qui fut le coeur de la merveille.

 

Ainsi très lentement meurent les dieux.

 

*

 

Cassandre prophétise:

« Quatre galets en croix au crépuscule

dans le jardin de la sorcière

présagent le péril, la trahison. »

 

Mais nul ici n’entend la voix des pierres.

 

     *

 

Parmi tant de blancheur,

un galet noir, 

crachat de quel volcan?

 

     *

 

Si un galet frappe un enfant,

blesse un oiseau, tue un serpent, le galet n’est pas coupable

mais la main qui l’avilit.

 

*

 

Oeuf de pierre dans un nid de sable.

 

Distrait,

l’oiseau rêveur s’y trompe.

 

*

 

Musique:

Par une nuit sans lune,

roulis de galets sous la vague.

 

     *

 

Sur un galet,

l’amoureuse presse ses lèvres,

y inscrit une bouche rose, à la merci du vent.

 

     *

 

Sur l’ovale de ce galet,

trace du bout de ton pinceau

le visage de ton amie:

yeux verts, bouche enfantine,

au front un grain de beauté.

 

*

 

Fêlure de ce galet rose:

sexe nu de l’amoureuse.

 

*

 

« Frère galet, dit le saint,

arrache-toi de la mer,

et sur la rive enseigne moi

la parfaite humilité. »

 

     *

 

Ricochet.

Sept bonds.

Déjà retour dans l’eau natale.

 

     *

 

A l’albatros l’infini, 

au cormoran une étoile, 

à la crevette

un pauvre lit de pierre.

 

*

 

Sur ce léger poème

-feuille, pétale, plume-

 

Sur ce poème,

de peur qu’il ne s’envole, pose un galet.

 

     *

 

Au passeur du sombre fleuve

nous donnerons pour obole

une poignée de sable,

trois coquillages, un galet.

 

     *

 

J’écris

sur un galet

le nom secret de la mer.

 

Cette suite de galets est le premier texte de  » L’alphabet des ombres », quête de lumière en trois parties:

Chemins de terre

Retournement de la parole

Maison de miroirs.

Bonheur de cheminer avec le poète, d’un galet à l’autre, d’un reflet à l’autre, d’un mot à un autre, en plein rayonnement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

juste ça

by florencebenedettigall

Chanson géorgienne:

 

C’est l’hiver, ça va mal, les fleurs sont fanées, mais rien ne nous empêche de CHANTER;

de passage

by florencebenedettigall

Difficile de retrouver des mots, tant de phrases, d’analyses, de tentatives de compréhension, d’explication s’y emploient courageusement. Quant à moi, le silence rouge envahit l’espace  où se consument tous mes mots.

Et pourtant hier des mots chantés m’ont bouleversée :

 

Accrochés aux nuages

nous continuons le voyage

nous sommes oiseaux de passage

demain nous serons loin

 

Les voix puissantes du groupe Bratsch portent ces mot simples,  par delà cette sidération qui veut nous enliser.

rouge sang

by florencebenedettigall

par la porte entr’ouverte

Rouge

s’écoule

 

 

Rouge   Sang

 

flaque de silence.

 

 

l’atelier désert

by florencebenedettigall

la porte est restée entr’ouverte, le soleil y entre juste entre 2 et 4 heures, aucun bruit d’activité ne parvient, ni l’odeur des peintures et pigments, ni le moindre signe d’une quelconque production

peut-être est ce un simple repos , respiration nécessaire après une récente activité …  ou bien un départ, le besoin d’autre air à respirer, ou bien simple fatigue, il y a encore tant et tant à dire chanter peindre transcrire, même si dans la brutalité de la vie, ceci n’est que futile travail du temps qui passe …

j’attends un petit signe de vie

« On ne peut tout de même pas se contenter d’aller et venir ainsi, sans souffler mot  » je trouve ces mots de Kenneth White en tête du « Poisson-Scorpion » de Nicolas Bouvier.

Je me demande juste si dans l’horreur de certaines réalités les mots et les couleurs des glycines d’ici et d’ailleurs peuvent venir, dans l’atelier désert.